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Partir
en pèlerinage c'est toujours prendre un risque. Outre celui
de partir vivant et de rentrer tué comme ce fut souvent
le cas dans les temps anciens, c'est celui de se laisser saisir
par la profondeur du spirituel, abîme qui sépare
le créé du Créateur dans lequel se jeter
est autant un acte de foi que d'amour.
L'approche
du sacré est une démarche qui aboutit à une
rencontre dans laquelle le Créateur s'épanche dans
l'âme de la créature, parce que la créature
a perçu l'appel de l'Amour à travers le signe tangible
de Dieu, icône ou relique, lieu de vie ou de prédication,
lieu saint, de prière, Présence Sainte, lieu de
grâce, promesse irrévocable, fidélité
divine toujours renouvelée.
Dans
la liste des témoignages irrécusables de la véracité
historique de la résurrection du Christ, le Sidoine d'Edesse
plus connu sous le nom de Saint-Suaire arrive en toute première
place. Il est bien le lieu dans cet article de relater ce pèlerinage
qui restera gravé à jamais dans la mémoire
de tous ceux qui, de 10 à 59 ans, ont fait le chemin jusqu'au
signe de Jonas (Luc 11:29-30).
Il
est plus sûrement encore le lieu d'en faire tout d'abord
l'apologie, à la suite de millions de pèlerins des
temps passés ou présents, face aux hommes de science
qui émoussent leur savoir devant ce que les générations
modernes ont convenu de qualifier d' « énigme
», faute d'en saisir la portée eschatologique. Comment
appréhender cette image que nulle technique ne peut contrefaire,
taxée tour-à-tour de faux, de peinture, de fabrication
issue d'un obscur moyen-âge sans cesse à la recherche
de nouvelles voies pour asseoir son pouvoir temporel ? Si le Saint-Suaire
n'était que cela, quelle justification donner aux ostentions,
à la piété et la ferveur, à l'humilité
des foules en saisissement devant le Précieux Corps et
le Saint Sang du Sauveur qui s'offre aux regards, en ultime témoignage
de l'Evangile, à lui tout seul résumé de
la Loi, des prophètes, de la passion redoutable de Jésus-Christ
et du salut de l'humanité toute entière?
Parler
du Saint-Suaire ne suffit pas, il faut en proclamer à
vive voix l'authenticité, sans craindre les dissonances
et les doutes, ni les précautions oratoires posées
comme autant d'obstacles à la vérité. Il
est nécessaire de s'affranchir de la méthode scientifique,
qui s'interdit par principe toute conclusion, repoussant d'expérience
en expérience les résultats contestables de méthodes
limitées prétendant mesurer l'impossible.
Dans
la tradition celtique on parle depuis l'origine d'un vase sacré,
chaudron ou coupe, source d'une liqueur incomparable qui coule
pour le bien de toute la création. Le cycle arthurien nous
parle du Graal, calice sacré de la Cène du jeudi
saint, réceptacle du Sang de Jésus-Christ
tenu au pied de la Croix par Saint Joseph d'Arimathie, amené
en Avalon puis gardé par une succession de roi-prêtres
dont l'ultime avatar est Arthur. Parallèlement, nous voici
confrontés à une réalité encore plus
visible : le précieux voile montre aussi bien le Corps
divino-humain du Christ que le Sang incomparable du salut qui
l'impriment pour toujours. Il les contient véritablement.
Le
linceul est devenu le Graal. Il repose sur une table rectangulaire
pour les yeux des hommes qui sçavent le voir. Qui posera
la question ? Où est Arthur, où sont les chevaliers
? Le linceul est le tabernacle maculé du sacrifice de l'Amour,
le sanctuaire du dernier Yom Kippour, le signe de Jonas. Lorsque
Jonas est rejeté du ventre de la baleine il prophétise
la résurrection du Sauveur, et les Ninivites appelés
à la conversion se couvrent de cendre et font pénitence.
Lorsque le Christ ressuscite il ouvre la voie du feu pascal, seul
capable de réduire en cendres les impuretés de la
chute et de transformer le coeur de l'homme.
Cet
objet vénérable de 2000 ans d'âge résiste
au temps, aux guerres, aux rapines et aux incendies. Il se trouve
aujourd’hui placé par la volonté divine en la ville
(qui en devient sainte) de Turin, comme le Christ au milieu des
publicains. Il nous attire, nous appelle à la repentance
et nous saisit d'une sainte émotion, en vue de nous préparer
au troisième millénaire du temps de la grâce
et nous aiguiser par l'Esprit qui vivifie.
On ne peut pas décrire toute l'émotion ressentie
devant cet humble linge empreint de toute la gloire divine. Le
visage du Christ-Dieu figé dans la repos de la mort, marqué
des souffrances les plus atroces, nez cassé, crâne
déchiqueté, visage tuméfié, épaule
broyée, dos et membres lacérés, pieds et
mains transpercés, flanc troué, coeur déchiré,
couvert de sang et de sueur ; ce Dieu-là, personne, ni
les hommes, juifs ou romains, ni le tombeau scellé, ni
l'enfer ni le Diable n'ont pu le retenir. Il échappe comme
Dieu en laissant son empreinte humaine, il terrasse la mort par
l'éternité de sa nature divine.
Voilà
le mystère contemplé pendant deux éternelles
minutes après trois courtes heures d'attente dans une foule
dense et patiente, frémissant à l'approche de l'inexplicable,
de l'insondable, de l'impénétrable divin.
De toute l'humanité, nations, races, âges, croyances,
nous étions seize, un petit échantillon certes.
Mais ces seize-là sont allés au paradis. Dieu, le
premier de tous et le premier en tout, nous élève
au seuil de son amour, inconscients que nous sommes.
Nous
avons été bénis, accompagnés par des
cortèges d'anges visibles pour les yeux de l'âme,
du début à la fin de notre périple qui fut
incroyable. Partis sous une pluie battante dans un petit bus,
le moteur cassé dès l'arrivée à Turin,
nous sommes tout d'abord allés à l'essentiel : qui
vivra verra. Ce n'est qu'au retour que les catastrophes se sont
succédées : perdus dans les méandres et les
relents de cette ville immense rendue hostile par des flots furieux
et déjà presque isolée du reste du monde,
compressés dans un autobus plus que bondé puis abandonné
comme un vaisseau fantôme au milieu d'une avenue sans fin,
trois d'entre nous dépouillés de leur argent et
passeports, d'autres avec les pieds ou le dos en charpie, trempés
par la pluie autant que par la sueur, frigorifiés par les
embruns, coupés de la route du retour par des ponts submergés
et fermés, à mille lieues d'un quelconque espoir
de passer la nuit dans des conditions acceptables : voilà
le triste tableau.
A
chacune de ces épreuves nous avons reçu une grâce
proportionnelle. La divine providence nous a envoyé un
chauffeur avec un véhicule neuf pour nous sortir de la
ville, nous a ouvert la route jusqu'à un asile douillet
dans un village qui s'est retrouvé ensuite coupé
du reste du monde, la route s'étant couverte de boue ou
effondrée, en aval et en amont. Nous avons passé
trois jours d'angoisse, à prier ensemble et à subvenir
au besoins de première nécessité, eau potable,
nourriture et hygiène. Tout nous fut accordé, mais
chaque heure semblait nous apporter des nouvelles plus
catastrophiques de notre pays où les éléments
s'étaient tout autant déchaînés : routes
coupées, inondations, coulées de boue, villages
isolés ou dévastés, ponts emportés,
populations déplacées. Ce fut un épreuve
de patience et de confiance. Nous étions dans une parenthèse
au milieu de l'enfer, à attendre que la main bienveillante
de Dieu nous ouvre le chemin. Finalement, au troisième
jour après la vision du miracle, notre chauffeur nous trouva
une place dans un convoi piloté par la police et surveillé
par un hélicoptère, pour passer dans une vision
de chaos la barrière des alpes qui sépare la vallée
d'Aoste de notre pays du Valais.
Trois jours pour être délivrés : le signe
de Jonas ! Sur les deux plans : spirituel et physique ; nous avons
été confrontés au signe de Jonas. C'est de
la divine pédagogie.
Cela
faisait plusieurs années que nous tentions sans succès
d'organiser une retraite de la communauté avec les familles
au complet. Jamais nous n'avions pu ou voulu trouver le temps
et la disponibilité de le faire, pris par les affaires
du monde. Dieu nous a montré qu'il était possible
de le faire en un tour de main. Nous n'avons pas de justification,
ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu.
Nous
avons eu le loisir de méditer sur la précarité
de nos existences et sur la grandeur et la puissance de Dieu.
Tout aurait pu évoluer différemment. Nous pourrions
encore être là-bas, nous aurions pu ne pas retrouver
nos maisons et nos vies, nous aurions pu être emportés
par une vague boueuse sur un pont chancelant, personne n'en aurait
rien su, il y a de ceux à qui cela arrive...
Dieu
en a décidé autrement ces jours-là, louange
à Toi Seigneur !


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