Sermon du 8 août 1999
Prononcé en l'église-cathédrale Notre-Dame du Signe, pour la solennité de la fête de la Transfiguration du Sauveur et la consécration épiscopale du père Stephen, éparque de Grande-Bretagne.
Publié dans Sainte Présence n°112/113, septembre/octobre 1999
Cher Père en Christ Mael, chers pères-évêques Gall, Marc, et Stephen, chers confrères, chers frères et soeurs dans le Christ.
En ce jour saint de la solennité de la Transfiguration de notre Sauveur Jésus-Christ, ce jour de lumière et de joie, nous sommes à nouveau tous réunis, par la grâce de Dieu, dans sa grande famille d'amour. Ce n'est pas un discours ampoulé de formules humaines que je veux vous tenir, mais bien l'exaltation des valeurs familiales de la seule véritable fraternité, vécues dans la profondeur insondable de l'amour de Dieu. Cet amour partagé dans la foi, par tous ceux qui sont ici réunis, qu'ils viennent de près ou de loin, d'en deçà ou d'au delà des mers, nous le démontrons aujourd'hui, par le partage eucharistique, la réception des divins mystères, la contemplation de la lumière incréée sur les hauteurs du Thabor.
De toute l'histoire de la création, ce jour admirable en est le sommet. Dieu parvient au terme de son oeuvre en Jésus-Christ. En Sa divine et gracieuse personne il a trouvé le seul élu qui mérite pleinement ce nom. L'élection du Christ est la consécration du choix divin. Lui seul est l'Elu, dès avant la création du monde, il est la pierre élue, la seule capable de supporter l'édifice que Dieu construit (1P2,4), et de le récapituler en sa Personne. Toutes les écritures relatent l'élection d'Israël, et Jésus sait que toutes le regardent. Mais cette conscience ne suscite en lui que la volonté de servir, et d'accomplir jusqu'au bout ce qui doit être accompli. L'Elu est nécessairement le serviteur.
"Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis toute mon affection", entend-on la voix du Père Eternel nous annoncer la manifestation du Dieu véritable lors du baptême dans le Jourdain. "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le" reprend en écho salvateur la même voix, lors de la Transfiguration sur le Mont Thabor. Ces deux fêtes sont les deux pôles d'une seule et même réalité, "Dieu est avec nous, sachez-le, tous les peuples, et nul ne peut rien contre nous, car Dieu est avec nous!" Dieu choisit, Dieu prononce le nom de l'Elu et l'Elu est au service de Dieu. Dieu consacre son Fils, comme il consacre les apôtres le jour de la Pentecôte, et l'élection trouve toute sa profondeur, sa substance réelle.La lumière incréée que nous pouvons lire sur l'icône de la fête, le vêtement blanc du Christ, rendu lumineux de lumière éternelle, jette à terre les apôtres de chair, tous les concepts humains. L'office de vêpres (qui est celui de la Lumière) nous rappelle au psaume de la création, que le Christ est "revêtu de splendeur et de majesté, drapé de Lumière comme d'un manteau". Nous le chantons tous les jours, c'est donc que c'est important, très important. Pierre, Jacques et Jean, les seuls êtres humains à avoir assisté à la sainte Métamorphose, sont eux-mêmes élus par participation à l'élection éternelle du Christ. Ils sont le ferment du nouveau peuple élu, celui des chrétiens, des témoins de la lumière. "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi", dit Jésus, "mais moi je vous ai choisi et je vous ai établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, que votre fruit demeure, pour que tout ce que vous demandez au Père en Mon Nom, il vous le donne" (Jn15:16).
La présence des charisme dans l'Église, nous prouve que l'élection ne s'éteint pas, et qu'elle se poursuivra jusqu'à ce que toute chair passe par cette Transfiguration lumineuse. On peut dire que la Transfiguration nous rappelle cette fin ultime, lorsque les corps ressusciteront pour le jugement, tous verront cette métamorphose faite en leur propre corps. Mais à la lumière de ce corps glorieux, chacun se verra tel qu'il est, car dans la Lumière, tout ce qui est caché sera révélé. Cette instant sublime sera le fruit de l'appel de tous les enfants de Dieu. Ceux qui pourront supporter cet appel dans la lumière de leur propre corps, malgré leurs imperfections humaines et grâce à leur humilité, seront alors les élus de ce qu'on appelle le Paradis. Je souligne ici la portée extrême du caractère de l'élection. Pour que tout cela se réalise le Sauveur nous avertit : "Frères, appliquez-vous à affermir votre vocation et votre élection : ce faisant, vous ne pouvez pas tomber dans le mal."
Dans l'Église, tout fonctionne selon ce mode. Les communautés chrétiennes et leurs chefs font des choix et confient des missions, mais ces choix ne font que sanctionner les choix de Dieu, et reconnaître son Esprit. Ces choix sont choix qui bousculent. Dieu élit, Dieu bouscule. C'est une initiative créatrice de Dieu. Dans la vision des hommes, souvent, l'élection de l'un précipite la déchéance de autres. C'est le cas lorsque nous élisons des chefs iniques, sans foi ni loi, des opportunistes. Dans la vision de Dieu, l'élection de l'un signifie forcément la bénédiction pour les autres. C'est une grande grâce, et lorsque Dieu fait cette grâce-là, les hommes sont dans la joie.
C'est particulièrement le cas lors de la consécration d'un nouvel évêque. Toute la force que nos poitrines donnent à l' "AXIOS", se répand en grâces et en pure joie, si chère à notre père saint Tugdual. Car l'épiscopat dans l'Église est une dignité de royauté sacrée. C'est l'imposition des mains pour le Saint-Esprit et l'onction du saint chrême qui rendent ce caractère royal et sacré. Nous élisons un évêque, dont la fonction sera de raffermir et de maintenir le peuple fidèle dans la foi droite. Caractère redoutable pour l'évêque, qui est personnellement responsable devant Dieu, et pour le peuple qui le suivra. Le prophète Osée nous avertit : "Tel sera le prêtre, tel sera le peuple" (Os4,9). Mais celui qui agira et enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume de Dieu.
Nous avons élu avec joie un épiscope, une sentinelle, un gardien. Dans notre tradition celtique, cher Petit Père Stephen, nous pourrions dire, que par ton épiscopat, maintenant confirmé, tu deviens le gardien du Graal. Ce que nous avons de plus précieux, nous le confions en tes mains. Pour que tu agisses et que tu enseignes, que tu sois appelé grand dans le royaume de Dieu. Redoutable honneur que de témoigner, prêcher, raffermir, enseigner, avertir, blâmer parfois, convertir. Par son prophète Ezéchiel Dieu te demande : "Témoigne de cela devant eux", mais il ne te promet rien ; il dit encore : "peut-être écouteront-ils, peut-être céderont-ils". Ce "peut-être", c'est toute la difficulté de la tâche.
Nous avons déjà beaucoup prié et prierons encore pour que Dieu t'envoie ses légions d'anges afin de t'assister, de te soutenir, de t'inspirer dans cette lourde tâche qui sera désormais la tienne, mais l'est depuis longtemps déjà. Jamais tu n'as ménagé tes efforts, jusqu'à aujourd'hui, pour prier, aimer, t'occuper des sans-abri, des pauvres, des laissés pour compte, de tous ceux qui ont besoin d'être écoutés, pour accueillir et réconforter ceux qui avaient besoin de l'être. "Au puissant une épreuve plus lourde", et sois assuré, très cher père et frère dans le Christ, que toute la famille ici réunie prie avec toi et te souhaite force, santé, sagesse, puissance, amour, pour réaliser l'oeuvre de Dieu, là où tu fus créé.
Depuis Mgr Julius Ferrette qui fut ordonné en 1866 évêque d'Iona, avec un statut d'autocéphalie de fait, par la grâce de l'Esprit-Saint agissant dans l'Église Syrienne d'Antioche, notre Église porte la foi orthodoxe sur les terre occidentales. Elle représente par cela réellement l'Église locale, n'étant pas une oeuvre de diaspora. Après bien des années de dur labeur, de patience et d'épreuves aussi, il n'était que justice que la B.O.C. ancienne, fut pleinement restaurée.
Maintenant l'éparchie de Grande-Bretagne est autonome, comme elle le fut par le passé, afin de toujours porter le bon message de Jésus-Christ sur la terre où Saint Joseph d'Arimathie a posé le pied. Il amené avec lui quelques solides compagnons, la Coupe de la Sainte Cène, ainsi que les reliques de Sainte Anne, grand-mère du Christ, qui devint patronne de la Bretagne. Mais cette même sainte Anne, tu l'as choisie comme patronne pour le monastère dont tu es l'abbé, soulignant puissamment le lien profond qui unit notre Église à ses sources apostoliques les plus ancestrales. Tu as choisi un symbole vital, ton message a déjà porté.
Cher petit père Stephen, Dad Stephen, Papa Stephen..., c'est dans la joie, avec toute la grande famille de l'Église Orthodoxe Celtique, que nous voulons aujourd'hui encore te donner l'assurance de tout notre soutien spirituel, ainsi qu'à tous ceux qui t'entourent, les pères John, Raphaël, John, David, les diacres Aïdan et Lazarus. Nous invoquons pour cela notre Sauveur, l'unique Elu de Dieu, Jésus-Christ, par l'intercession de sa très Sainte Mère la bienheureuse Vierge Marie, de tous les saints du Ciel et des anges les plus formidables.
Vive Dieu, vive Jésus-Christ, force et courage pour son Église par son précieux Corps et son saint Sang, espérance et Rédemption pour tous les hommes! Amen.P. Dimitri
© Église Orthodoxe Celtique, éparchie de Suisse