La date de Pâques : 2 articles
En 1997: un pas vers un accord sur la date de Pâques
d'après ENI Ecumenical News InternationalLes Églises du monde entier sont invitées à coopérer pour mettre fin, à partir de l'an 2001, à un litige qui dure depuis 400 ans et qui porte sur la date de la plus importante célébration du
calendrier chrétien, Pâques.La grande fête chrétienne de Pâques est actuellement célébrée à deux dates différentes. Cette année (1997), par exemple, la plupart des protestants et des catholiques romains ont fêté Pâques le 30 mars, alors que la majorité des orthodoxes, avec certains protestants et catholiques, l'ont célébré presque un mois plus tard, le 17 avril. Ces différences sont le résultat d'un désaccord portant sur la réforme du calendrier, introduite par le pape Grégoire XIII, il y a 400 ans.
Lors du colloque tenu à Alep, en Syrie, du 5 au 10 mars 1997, des représentant des grandes traditions chrétiennes ont fait une proposition qui permettrait de fixer une date commune. Selon ce projet, les Églises continueraient de suivre le principe existant pour calculer la date de Pâques, mais en s'appuyant sur des données astronomiques modernes très précises.
Le père Thomas Fitzgerald, théologien grec-orthodoxe auprès du Conseil oecuménique des Églises (COE), a participé au colloque d'Alep. Pour lui, ce désaccord à propos de la date de Pâques est un «scandale interne» parmi les chrétien. «Quel sorte de témoignage apportons-nous au monde avec cette division?» a-t-il déclaré. «Il n'existe pas de plus grande fête que Pâques, et c'est de façon séparée que nous la célébrons!»
Ces dernières années, des pressions ont été exercées dans les milieux ecclésiastiques pour que les Églises s'entendent sur cettedate avant la fin du siècle. L'année 2001 est considérée comme une année idéale pour fixer une date commune, parce que cette année-là, la date de Pâques calculée selon les deux méthodes actuelles sera la même, c'est-à-dire le 15 avril. La proposition du colloque sera envoyée aux Églises du monde entier avec un tableau indiquant les dates possibles de Pâques
pour les 25 premières années du XXIe siècle, au cas où l'idée serait acceptée.Les différences portant sur la date de Pâques ont résulté du fait que «les quatre Évangiles n'ont pas donné la date exacte de la Résurrection, mais seulement noté qu'elle a eu lieu en rapport avec la Pâque (des juifs) et le premier jour de la semaine», a fait observer Th. Fitzgerald.
Durant les premiers siècles de l'ère chrétienne, il y avait déjà eu désaccord sur cette date, mais le problème a été réglé lors du Concile oecuménique de Nicée, en 325, qui a établi le principe selon lequel Pâques devait être célébré le dimanche suivant la première pleine lune après l'équinoxe de printemps. Ce principa a permis de maintenir le rapport entre les Écritures et la fête de Pâques, le concile ayant reconnu que la célébration de la Résurrection ne devait pas être un facteur de division entre les chrétiens.
Toutefois ce consensus a été rompu lorsque le pape Grégoire XIII a réformé le calendrier en 1582. La majorité des orthodoxes n'ont alors pas changé la méthode de calcul de la date de
Pâques. De fait, même aujourd'hui, il existe des inexactitudes dans les deux méthodes de calcul.Au colloque d'Alep, qui était accueilli par l'Église orthodoxe syrienne, étaient représentés la communion anglicane, l'Église orthodoxe arménienne, le Patriarcat de Constantinople, les Églises évangéliques du Moyen-Orient, le Patriarcat grec-orthodoxe d'Antioche et de tout l'Orient, la Fédération luthérienne mondiale, le Conseil des Églises du Moyen-Orient, les Églises vieilles-catholiques de l'Union d'Utrecht, le Patriarcat de Moscou, le Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, les Adventistes du septième jour et le Conseil oecuménique des Églises
(ENI/SPP) dans Oecuménisme Informations, no 275, mai 1997.
SOP 257 avril 2001POINT DE VUEUNE DATE DE PÂQUES COMMUNE À TOUS LES CHRÉTIENS? En 2001, l'Église orthodoxe célèbre Pâques le 15 avril, le même jour que les autres chrétiens, alors que la plupart du temps il existe un décalage pouvant aller d'une à cinq semaines. S'agit-il cette année d'un hasard du calendrier? Faut-il tendre vers l'établissement permanent d'une date de Pâques commune à tous les chrétiens? Et si oui, comment y arriver tout en respectant la Tradition de l'Église sur ce point? Un laïc orthodoxe qui s'intéresse depuis de nombreuses années à ces questions (SOP 77.12) donne ici son point de vue.
En cette année 2001, tous les chrétiens fêteront Pâques le même jour, le 15 avril. Cette occurrence, qui ne s'est pas produite depuis 1991, alors qu'elle a lieu, en moyenne, environ tous les quatre ans, donne l'occasion de s'interroger sur les raisons de la différence des dates, afin de proposer des voies pour que les chrétiens célèbrent ensemble la fête des fêtes!
La définition de la date de Pâques a été donnée parle premier concile oecuménique, qui s'est réuni à Nicée en 325. On peut l'exprimer de la façon suivante: "Que tous les chrétiens fêtent Pâques le premier dimanche après la première pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps".
La première pleine lune est au moment de la mort et de la résurrection du Christ.
Sans entrer ici dans la symbolique très profonde associée à cette définition, il convient de se rappeler que c'est précisément cette première pleine lune qui correspond à la Pâque vétero testamentaire, comme indiqué dans l'Exode (Ex 12), et qu'elle est donc réellement liée au moment historique de la mort et de la résurrection du Christ.
L'Église a ressenti très tôt la nécessité de fixer la date de Pâques, car plusieurs pratiques coexistaient. Certaines Églises attendaient la Pâque juive, c'est-à-dire la pleine lune de printemps, et fêtaient la résurrection du Christ le dimanche suivant. D'autres, comme en Asie mineure, célébraient Pâques le jour même de la pleine lune, quel que fut le jour de la semaine! Une autre cause de différence provenait de la difficulté de la détermination du jour de la Pâque juive par des communautés chassées de Judée et devant apprécier la venue du printemps, car, selon l'Exode, il faut alors offrir les prémices de la moisson; plusieurs pratiques virent le jour, ce qui compliquera encore la situation dans l'Église. C'est pour mettre fin à ces errements que le concile se prononcera comme exprimé ci-dessus.La définition de la date de Pâques appelle plusieurs remarques importantes:
1) L'Église a cherché à placer la fête au plus près du moment historique de la Passion et de la Résurrection.2) Au moment de la pleine lune de printemps, toute la terre est éclairée, le jour par le soleil, la nuit par la lune, comme le dit l'un des tropaires du canon des matines de Pâques (3e ode). Le respect de la bonne date est donc important.3) Telle que formulée par les Pères de Nicée, la date est indépendante de tout calendrier; elle ne dépend que de phénomènes naturels observables dans la création. Toute référence au calendrier pour justifier des dates différentes est donc incorrecte.
Les erreurs de calendrier
Après le concile, la détermination effective de la date a été confiée à des astronomes. L'existence de multiples tentatives montre bien que le concile n'a pas donné d'autres directives sur la manière effective d'opérer. Finalement, on s'est appuyé sur des observations anciennes, en particulier sur celles de l'astronome grec Méton (4e siècle avant J.-C.) qui a montré que 235 lunaisons correspondent à 19 années juliennes de 365 jours 1/4, durée supposée de l'année vers le début de l'ère chrétienne. À partir de cette observation, on a placé les pleines lunes dans ce cycle en s'appuyant sur les observations de l'époque. Il suffit de se situer dans ce cycle de 19 ans (c'est le Nombre d'Or que l'on voit dans certains almanachs) pour dater la pleine lune du printemps (qui est supposé tomber le 21 mars). Un calcul assez simple permet ensuite de déterminer la date du dimanche qui la suit (à l'aide de la Lettre dominicale des mêmes almanachs). Quelques lignes d'instructions sur une calculette programmable permettent de déterminer la date de Pâques des orthodoxes! On sait que cette manière de faire, qui est fixée (figée!) dans nos tables (Pascalies) est loin d'être rigoureuse et conduit à des erreurs dans la date de la pleine lune.
Une deuxième cause d'erreur provient de ce que les Églises orthodoxes ont conservé le calendrier julien (établi sous Jules César!), dans lequel la durée d'une année n'est pas correcte. Ainsi il "dérive" d'environ un jour par siècle par rapport au soleil. La date censée marquer l'équinoxe de printemps (le 21 mars) est décalée actuellement de 13 jours, ce qui ne correspond plus à rien.
Le retard du calendrier julien atteignait une dizaine de jours au 16e siècle, ce qui a poussé le pape Grégoire XIII à proposer une réforme qui avait trois aspects:1) avancer le calendrier de 10 jours afin de retrouver l'équinoxe de printemps le 21 mars; 2) modifier la durée de l'année calendaire pour la rendre plus proche de la durée réelle; ceci se traduit concrètement par les années marquant le siècle déclarées ordinaires (non bissextiles) à l'exception de celles divisibles par 400, ce qui explique qu'en l'an 2000, il n'y a pas eu d'augmentation d'un jour de l'écart entre les calendriers julien et grégorien ; 3) modifier, pour le rendre plus proche de la réalité, le comput pascal. Ce dernier, se traduisant toujours par des tables (qui peuvent être également déduites d'un programme sur calculette, légèrement plus compliqué que pour le comput julien), est beaucoup plus précis que le comput julien ; mais il n'est pas parfait. Dans les 25 prochaines années, une seule année est incorrecte: il s'agit de 2019 où la bonne date est le 24 mars (la pleine lune tombant le 21 mars), alors que l'Église catholique fêtera la Résurrection le 21 avril et les orthodoxes le 28!
Continuer à déterminer Pâques selon la définition du concile de Nicée
On invoque souvent comme raison du décalage entre les orthodoxes et les autres chrétiens, la nécessité pour Pâques de tomber après la Pâque juive, une observance que seuls les orthodoxes auraient conservée. On voit bien que cela ne tient pas car, justement, les Pères du concile de Nicée ont donné une définition qui répond automatiquement à cette condition : la Pâque juive tombe précisément le jour de la pleine lune de printemps et Pâques est le dimanche suivant! La confusion s'est entretenue par référence à un canon postérieur au concile de Nicée qui stipule qu'il ne faut pas fêter Pâques "avec les Juifs". Cela signifie tout simplement que le comput défini par les Pères du premier concile s'impose et que toute autre méthode de détermination, en particulier celle des Juifs, n'a plus cours. L'interprétation qui en est souvent faite, et qui consiste à voir si Pâques en Occident tombe avant ou après la Pâque Juive, est donc erronée. De plus, que ferions-nous si les communautés juives décidaient de célébrer la Pâque en juin, par exemple? La réponse est donnée par les Saints Pères du premier concile: rien, il faut continuer à déterminer Pâques selon la définition du concile, et la fête tombera après la Pâque de l'Ancien Testament, comme au temps de Jésus-Christ.
Si l'on voulait résumer simplement toute cette question, on pourrait dire qu'elle consiste à faire coïncider deux méthodes de détermination du temps: une lunaire et une solaire, ce qui pouvait poser quelques difficultés dans les premiers siècles de notre ère, mais qui n'en pose absolument plus aujourd'hui. Les calendriers sont faits pour nous aider à suivre au mieux la rotation de la terre autour du soleil et pour marquer les saisons, et pas le contraire.
La Résurrection brise toutes les routines
Quelle est la situation aujourd'hui dans les Églises orthodoxes?Elles utilisent toutes le comput julien pour déterminer la date de Pâques, qu'elles suivent le calendrier julien ou non pour les fêtes fixes! La seule exception est constituée par l'Église de Finlande qui utilise intégralement le calendrier et le comput grégoriens. Ce dernier cas illustre le fait que différentes approches peuvent exister dans l'Église orthodoxe, sans que cela pose de problème dogmatique.
En fait, tous les patriarcats et les Églises autonomes sont d'accord sur les considérations exprimées plus haut. Elles l'ont manifesté lors de la deuxième réunion préconciliaire, en 1982 (SOP, Supplément 71.A). Malheureusement, elles ont jugé qu'il fallait remettre sine die toute décision, car les fidèles ne sont pas préparés à un éventuel changement!
En mars 1997, le Conseil oecuménique des Églises (COE) a organisé à Alep (Liban) une consultation sur ce thème. Elle réunissait des catholiques, des protestants et des orthodoxes (SOP 218.2). Elle a conclu à la nécessité de célébrer Pâques, d'une part, en se référant à la décision de Nicée, d'autre part, en calculant les données astronomiques nécessaires avec les moyens scientifiques les plus précis et, enfin, en utilisant comme référence le méridien de Jérusalem, lieu de la mort et de la résurrection du Christ (SOP, Supplément 2l8.A).
La consultation d'Alep avait également noté la tendance de vouloir proposer une date fixe (ou moins mobile) pour Pâques. Cela n'est pas acceptable pour les chrétiens car toute la symbolique de la pleine lune pascale disparaîtrait et, de plus, la Résurrection brise toutes les routines confortables. Mais comment les orthodoxes, qui ont - de facto -une date "fantaisiste", pourraient-ils faire valoir des arguments valables dans ce débat? Enfin, la consultation d'Alep proposait que toutes les Églises se préparent à établir une date commune pour être prêts en 2001! Sur ce dernier plan, rien n'a été fait!
Il nous appartient, à nous qui vivons en Occident et qui sommes les plus confrontés à la différence des dates, de demander à nos Églises de parler de cette question, de faire de la pastorale, comme l'a demandé - à l'unanimité - la deuxième conférence panorthodoxe préconciliaire de 1982 (SOP 71.2).
Enfin, regardons le ciel, la création de Dieu, avec un coeur pur, et la lune pascale prendra pour nous un autre sens que celui d'une simple conformité à une détermination approximative figée dans des tables.
(Le titre et les intertitres sont de la rédaction du SOP.) Sur la question de la date de Pâques et le calendrier orthodoxe, on pourra lire également l'entretien avec le père Alexis KNIAZEFF, recteur de l'institut Saint-Serge (1914-1991), et Nicolas OSSORGUINE, chargé de cours à ce même institut, publié par le Service orthodoxe de presse en 1986 (SOP 108.17). Par ailleurs, trois documents officiels sont disponibles dans la collection des Suppléments au SOP: Colloque orthodoxe sur la date de Pâques (Chambésy, 1997) (Supplément 20.A, 45 FF franco), Deuxième conférence orthodoxe préconciliaire (Chambésy, 1982) (Supplément 71 .A, 30FF franco), et Consultation oecuménique sur une date commune pour la célébration de Pâques (Alep, Syrie, 1997) (Supplément 21 8.A, 20FF franco).Pierre SOLLOGOUB, 52 ans, marié et père de quatre enfants, est ingénieur. Diplômé de l'Ecole nationale supérieure de l'aéronautique et de l'espace (Sup-Aéro), il est actuellement chef du laboratoire d'étude de mécanique sismique au Centre de Saclay (Essonne> du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), après avoir travaillé à l'Observatoire de Paris. Membre de la paroisse Saint-Jean-le-Théologien à lssy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), il est l'un des responsables de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, dont il a été le trésorier durant de nombreuses années.
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