Qu'est-ce que l'orthodoxie ?
Le propos de cette page est de poser une définition claire de l'orthodoxie, telle que donnée par la Tradition primitive de l'Église, puis de situer l'Église Orthodoxe Celtique, par rapport à cette définition, et aussi par rapport aux autres Église orthodoxes.
Avant tout il faut dire que l'orthodoxie est totalement indissociable de l'Amour, à tel point qu'elle en est synonyme, tant il est vrai qu'il n'existe pas d'orthodoxie sans le moindre amour. L'orthodoxie est le produit de l'Amour et de la Vérité. Amour de Dieu, Vérité de la personne de Jésus-Christ fait chair. Si Jésus fonde l'Église au soir de la Cène d'Amour, avec ses disciples, où il se donne totalement pour le salut du monde, Il la fonde sur Sa personne. Il n'y a d'orthodoxie que dans ce sens là. L'orthodoxie ne peut être dissociable de l'Église, elle est la plénitude de l'Église, dans toute sa Vérité et dans l'Amour de Dieu. L'orthodoxie est le Corps du Christ.
Ces indispensables et fondamentales prémisses étant posées, passons à la problématique de l'orthodoxie, selon l'histoire de la foi révélée, c'est-à-dire de la progression des définitions établies par les saints conciles de l'Église.
Toutes les Églises orthodoxes confessent la même foi. Cette foi, issue des enseignements de Jésus-Christ, s'exprime littéralement dans les définitions des conciles oecuméniques, qui sont résumées dans le Credo, ou symbole de foi, de Nicée-Constantinople, et qui n'a pas varié depuis cette époque (381). Ce Credo est récité solenellement par tous, clercs et fidèles, lors de la célébration de la Divine Liturgie. En français, le texte du Credo peut subir des variations mineures dues à différentes traductions, et par conséquent seul le texte original en grec fait foi, ainsi que les interprétations qui en sont données par les pères de l'Église. Lors de la consécration d'un évêque, celui-ci confesse encore une définition plus exhaustive de la foi en la Sainte et Divine Trinité, pour préciser sans ambiguïté tous les détails de ce qui a été dogmatisé et qui est saint et juste. La confession de cette foi est indissociable de la pratique, c'est à dire de la célébration des mystères selon l'ordre traditionnel, de la fréquentation sérieuse et régulière des sacrements, de la prière personnelle, du jeûne, de l'approfondissement communautaire et personnel de l'héritage de l'Église, et de tout ce qui fait l'ethos de l'Église orthodoxe dont en particulier l'écriture et la vénération de icônes. Cela s'appelle orthopraxie. La continuité de la foi et de la pratique sont les garanties de la conservation de l'essentiel de la foi, pour le salut de l'âme et la transmission aux générations futures. C'est une responsabilité de toute l'Église.
C'est la partie de la théologie qui concerne la défintion des limites de l'Église elle-même. Il n'est pas le lieu de faire ici un cours d'ecclésiologie orthodoxe que l'on trouvera avec profit dans une bonne librairie, mais simplement de dire que l'Église définit précisément, à la lumière de la foi et de la pratique, ce qui est de l'Église, et ce qui n'en est pas. L'ecclésiologie prend de ce fait un caractère extérieur juridique, bien que basée sur le spirituel, dont en particulier les saintes écritures. Elle a en particulier pour fonction pratique de définir la liste des évêques qui sont en intercommunion, dont l'épiscopat est valide, spirituellement et de façon humaine. On trouve, rattachées aux évêques les communautés, monastères ou paroisses, qui en dépendent spirituellement. Ceci permet de garder dans l'Église un bon ordre. En principe, l'intercommunion (concélébration et partage de la communion eucharistique) se base sur la confession de la même foi orthodoxe, sur l'orthopraxie, sur l'apostolicité et la canonicité des lignées épiscopales, qui font intervenir la reconnaissance.
Mais cela est loin d'être automatique, et des problèmes humains interviennent inévitablement.
Malgré l'existence de canons ecclésiologiques précis, il existe aujourd'hui un problème de juridiction ecclésiastique dans le monde entier, car de nombreuses Églises ont des évêques dans la même ville, à cause de la diaspora des peuples traditionnellement orthodoxes. La tradition de l'Église locale est donc en train d'éclater. A ceci s'ajoute le fait que les occidentaux qui veulent se prendre en main spirituellement établissent des juridictions ecclésiastiques spécifiquement occidentales (gouvernées par des évêques occidentaux), qui bien qu'ayant un droit à revendiquer l'Église locale ne sont pas reconnues par les Églises orientales et deviennent par là des réprouvés sur leur propre terre, ce qui est peu notre cas.
Il n'existe sur le plan orthodoxe aucune instance humaine qui ait l'autorité suffisante pour régler les différends. Seul un concile oecuménique (aujourd'hui on doit dire mondial) peut le faire. Aucun concile étant confronté à un problème aussi important ne s'étant réuni depuis l'antiquité, la réunion d'un tel concile pose des problèmes préliminaires compliqués qui en diffèrent constamment la date.
Pour éclairer le problème, et le relativiser un tant soit peu, le "Vocabulaire théologique orthodoxe" aux éditions du Cerf, cite Mgr Kallistos Ware sur ce sujet : "Etant un organisme eucharistique, l'Église est aussi un miracle perpétuel. Au delà de tous nos problèmes de structures ecclésiales, au delà de tous nos malentendus canoniques et juridictionnels, ne perdons jamais de vue le miracle et le mystère de l'Église : le fait que malgré nos défaillances humaines, l'Église reste toujours Dieu avec nous, l'icône de la Sainte Trinité."Le terme "orthodoxie" devrait avoir la même valeur partout : justesse et unité de foi et de pratiques, qui amène à l'unité visible. Il est cependant utilisé dans un sens restrictif par nombre d'Églises, excluant de la communion eucharistique tous ceux qui ne sont pas inféodés à leur ethos particulier. Par exemple, certains byzantins excluent de la communion les fidèles orientaux, coptes, arméniens, syriens, etc... depuis l'an 451, les accusant de monophysitisme, ce qui s'est révélé faux par la suite. Le Grand Larousse même s'en est fait le relais . Un dialogue théologique a été instauré et a établi que les équivoques sur la Christologie provenaient d'une différence de valeur pour le même mot grec, selon qu'on se plaçait du point de vue culturel grec ou alexandrin. Et pourtant l'intercommunion n'en est pas rétablie pour autant. On ose espérer que cela soit à venir.
Ces Églises byzantines ayant actuellement pignon sur rue dans le monde occidental, cette opinion négative sur le monde des Église orientales dites "préchalcédoniennes" (d'avant le concile de Chalcédoine en 451) prévaut en occident. Un nombre croissant de chrétiens véritables, non impliqués dans des querelles humaines ou d'influence politique sont cependant d'avis qu'il n'y a pas de différence de foi, seulement d'expression de la foi, et cette foi exprimée différemment est une. Ainsi est l'Église, la tunique sans couture du Christ, invisiblement cependant.Ce qui est écrit ici est la vérité sans fard, afin de ne pas être en position de subir le reproche d'abus de confiance.
L'Église Orthodoxe Celtique est issue de l'Église Syrienne d'Antioche par un consécration épiscopale qui date de 1866. Elle confesse donc la foi de son Église-Mère, c'est-à-dire les trois conciles oecuméniques de Nicée, Constantinople et Ephèse. Elle se place par contre délibérément en dehors du contexte des divergences d'expression entre les Églises byzantines et les Églises préchalcédoniennes, ayant, comme dans tout le monde préchalcédonien, la certitude de ne pas être monophysite, et par conséquent de ne pas avoir de divergences de foi. Cela lui permet de reconnaître pleinement les définitions dogmatiques des conciles ultérieurs, desquels les Églises orientales ont été absentes, en émettant une réserve cependant sur les condamnations consécutives aux querelles théologiques.
Il est donc clair : bien que confessant explicitement la foi Chalcédonienne, les conciles pleinement reconnus comme oecuméniques par l'Église Orthodoxe Celtique sont les trois conciles de Nicée, de Constantinople et d'Ephèse.
Ceci lui est imposé par sa volonté de ne pas subir la responsabilité de condamnations injustes d'une part (comme celle de saint Dioscore), ainsi que le diktat d'un canon (le 28e) à l'interprétation controversée. L'Église Orthodoxe Celtique se place, à la suite des pères venus d'Irlande, résolument en dehors de toute querelle d'ordre théologique ou ecclésiologique. Le prix à payer en est élevé.
L'unité de foi et de pratique étant pour elle évidentes, l'Église Orthodoxe Celtique ne voit de sa part aucun obstacle à l'intercommunion avec les Église Orthodoxe, byzantine ou orientale, au rétablissement de l'intercommunion primitive avec son Église-mère (perdue à la suite d'intrigues politiques des Anglais au moyen-orient), sauf ceux que ces Église elles-mêmes jugent indispensable de mettre sur la route de l'amour et de l'unité.
Cette carence d'intercommunion, l'Église universelle en souffre, et si l'Église Orthodoxe Celtique reconnaît toutes les Églises orthodoxes et accueille tous leurs fidèles à la communion sans distinction d'origine ethnique ou ecclésiologique, en en assumant la responsabilité morale, ce n'est par par désir de faire du nombre, mais pour donner à tous ce qu'elle considére comme l'exemple de la charité la plus élémentaire, dans la Vérité de la Foi et la communion de l'Amour.
Appel à l'amour
L'Église Orthodoxe Celtique espére ainsi, que ces Églises, mère ou soeurs, arriveront à considérer cette attitude dans tout ce qu'elle a de digne, et reviseront ainsi leurs relations à son égard. Ce problème est lié à son histoire qu'il faut connaître, et à cette situation de précurseur de l'orthodoxie en occident, qu'elle assume depuis 1866, avec toutes les inévitables tribulations humaines que cela suppose. Elle invite ceux qui ne sont pas convaincus à prier et jeûner avec elle, à se connaître mutuellement et s'aimer dans la Vérité, avant de porter un quelconque jugement.
Si elle use du terme "orthodoxie", c'est selon la présente définition, en pleine conscience, et sans mépris, ni des dogmes, ni de l'ecclésiologie, ni des autres points de vue sur l'orthodoxie, pensant que dans un carré du "jardin bien ordonné de l'Église" il y a une place prévue par Dieu pour les "fleurs sauvages" qu'il a aussi créées. Elle est consciente que cette définition n'est pas acceptable par tous, particulièrement du point de vue institutionel.
L'Église celtique, comme il y a quinze siècles, demande pardon à ses soeurs dans la foi, si son usage peut-être prophétique du terme "orthodoxie" ne correspond pas à la cette vision rigoureuse qu'elles en ont,. elle n'a pas d'autre terme et pense en toute bonne foi qu'il est parfaitement approprié. Elle laissera donc à chacun le soin d'en juger selon ses convictions, sans se plaindre si des conclusions sont opposées aux siennes. Elle prie depuis toujours et de tout coeur pour que, Dieu aidant, cette situation ne soit que transitoire, et qu'il vienne un temps où la justesse de cette position, fondée sur la mission d'amour donnée par Notre Seigneur Jésus-Christ, sera enfin reconnue,et que l'unité visible soit établie.
P. Dimitri
© Église Orthodoxe Celtique, éparchie de Suisse