L'EOC, l'Église locale ?
A quel titre l'Église Orthodoxe Celtique est-elle l'Église locale ?
L'unité de foi
La Foi orthodoxe est une, sainte, véritable, universelle et apostolique. Il n'y a pas de différence fondamentale de foi entre les Églises orthodoxes, même si l'on considère que le concile de Chalcédoine a divisé le monde orthodoxe en deux camps. Ce sont les fiefs humains qui ont été divisés : ce que l'on appelle l'Église visible et qui a grand peine à refléter l'Église invisible, corps du Christ, qui par essence est indivisible. Toutes les Églises orthodoxes ont donc leur propre hiérarchie, mais elles sont unies par la foi plus que par l'organisation terrestre. C'est ce qui fait que l'Église est une et multiple, universelle et locale.La position de l'Église Orthodoxe Celtique
L'Église Orthodoxe Celtique est la plus ancienne Église orthodoxe présente en Europe occidentale, et paradoxalement non "reconnue", non canonique. A la différence des autres elle n'est pas une Église de diaspora et ne reçoit par conséquent aucune aide extérieure, financière ou humaine, ni pour son organisation, ni pour la construction de ses lieux de culte, ni pour sa légitimation. Son clergé provient uniquement du rang des fidèles, sa hiérarchie administrative cléricale est élue par le peuple, issue de ce peuple, et non imposée par une administration extérieure à celui-ci. De par ce fait elle est donc plus qu'une Église locale, elle est l'Église locale.Elle reconnaît par contre ses Églises soeurs (ou mère) dans la foi. Elle ne rentre jamais dans aucune querelle ecclésiastique. Elle ne se pose pas non plus en interlocuteur politique, ni comme point de ralliement social d'une culture de l'émigration, bien qu'elle accueille sans distinction des fidèles de toutes les origines qui se joignent librement au culte célébré dans les paroisses.
Elle n'est pas une Église ethnique mais son caractère "celtique" signifie qu'elle cherche à revivifier l'héritage chrétien des missions irlandaises du VIe siècle, ce qui est le point de départ de la plus grande part de l'Église en Europe occidentale. Cette revendication est liée à son statut un peu paradoxal: seule Église orthodoxe en occident qui ne soit ni une fondation ou mission d'une Église de la diaspora, ni un groupe schismatique, et en même temps plus ancienne Église présente en Europe occidentale (dès 1866).
Evidemment, sa taille fort restreinte et les vicissitudes historiques qu'elle a eues à subir de la part des anglais, par l'Église anglicane ayant fort bien intrigué en Syrie auprès de son Église-mère dans la filiation apostolique, a valu à ses évêques de se retrouver placés dans une situation inconfortable à laquelle la revendication d'Église locale est certainement une réponse légitime, et quelque part une mise en garde contre les jugements faciles.
L'Église Orthodoxe Celtique ne rentre pas (jamais) dans aucune querelle de juridiction et ne participe à aucun forum du genre, car ses membres n'ont pas de temps à perdre, pas de témoignage à galvauder. Elle est ce qu'elle est, que cela plaise ou non. Elle prie pour l'unité de l'Église visible, pour une véritable unité basée sur une vision spirituelle et de foi, et non un arrangement factice construit sur un contexte juridique, politique ou historique.
Cette unité-là se fera lorsque tout le monde comprendra que l'Amour est au-dessus de tout et qu'on laissera le Saint-Esprit faire son travail de Saint-Esprit. L'Église Celtique est la seule Église de foi et de pratique ortohodoxes qui reconnaisse les sacrements de toutes les autres Églises orthodoxes, sans distinction de nationalité ou de calendrier. Elle se sent en communion avec toutes ces Églises, même si la réciproque n'est pas vraie.
Dans sa position cela peut paraître facile, c'est évident, mais si cela était si facile bien plus le feraient et le témoignage des chrétiens deviendrait une source de réconcilitation pour les peuples du monde entier, ce que Jésus-Christ demande à l'Église par ailleurs.
Par contre, l'Église Orthodoxe Celtique se distancie de toutes les formes qui ont l'apparence de l'orthodoxie mais qui n'en ont pas la foi, en particulier de ceux qui créent des synodes sans fidèles, de ceux qui vendent les sacrements, de ceux qui ont une confession double, qui ordonnent des femmes, qui veulent à tout prix créer des unions de petites Églises pour faire nombre, qui font des schismes, qui lancent des polémiques ou des anathèmes contre l'Église de Rome ou toute autre Église pour des raisons de politique : l'orthodoxie ne se définissant pas par une apparence ou un anathème.
Elle n'acceptera jamais les condamnations de gens superficiels, qui la taxent arbitrairement de monophysitisme. Alors qu'elle a parfaitement conscience de la pureté de sa foi, confessée sans adjonction ni retranchement, et même si les conciles explicitement confessés sont trois, elle n'en pratique pas moins une Christologie saine et sans erreur.
Bien entendu l'Église locale n'est locale que localement, c'est-à-dire sur la terre où Dieu l'a voulue et implantée. C'est justement par ce qu'une Église est locale que sa foi peut être réellement catholique, et par ce qu'elle est catholique qu'elle ne peut être que locale. L'Église locale et catholique est étrangère aux ambitions géopolitiques, par définition et par vocation. Ce fut l'état d'esprit de nos pères des chrétientés celtiques, souvent en porte-à-faux avec les hiérarchies officielles, mais dont l'histoire et les hommes ont commémoré le nom vénérable au cours des siècles, alors que ceux de leurs persécuteurs se sont éteints en même temps que leur vie bassement terrestre.
Dans le monde, personne n'est édifié par les agissements officiels des hiérarchies orthodoxes partout où elles s'expriment avec cette hauteur qui laisse dans la bouche un goût amer qui n'est pas celui de l'Évangile de Jésus-Christ. Le scandale est permanent, on le dénonce mais on continue à l'alimenter. Cependant cela ne n'empêchera jamais ceux qui le désirent de garder la paix du coeur et de rester ce qu'ils veulent être: des chrétiens fidèles et témoignant de la Vérité du message d'Amour de Jésus-Christ.
Telle est la mission de l'Église locale.
P. Dimitri
© Église Orthodoxe Celtique, éparchie de Suisse