Éthique orthodoxe


Rudiments d'éthique orthodoxe


But de ce texte


Sauf la doctrine sociale de l'Église russe (dont on parlera plus bas), l’orthodoxie n’a pas de code de morale spécifique, mais tout fidèle connaît par la pratique religieuse les grands principes qui régissent le fonctionnement de l’Église et la vie publique ou privée. Dans les cas nouveaux, chaque orthodoxe digne de ce nom s’honore cependant de rechercher ce qui est beau et juste, pour discerner ce qui entre dans le plan divin et respecte les préceptes bibliques ou la discipline de l’Église, en trois mots : la sainte et divine Volonté.

Les principes de la morale sont implicitement contenus dans l’ensemble des comportements qui relèvent de l’aspiration spirituelle, qui s’inscrivent dans la vue d’une collaboration active à son propre salut. Si on n’a pas de code spécifique, on peut cependant très bien poser certains jalons afin d’éviter les malentendus et les raccourcis faciles qui laisseraient croire que l’Église orthodoxe permettrait en matière de morale ce que l’Église catholique romaine ne tolère pas, qu’elle serait plus laxiste ou plus ouverte, et que par conséquent on pourrait l’opposer à l’Église catholique romaine sur ces points.

Comme un lecteur attentif le remarquera ci-dessous : les différences ne portent pas sur le fond, mais sur la façon d'aborder spirituellement plutôt que juridiquement les problèmes moraux, qui dans l'orthodoxie relèvent de l'accompagnement spirituel plus que d'un ensemble de préceptes.

Deuxièmement : ce texte est par-ci par-là émaillé de cas spécifiques, ce qui fait qu'au cas par cas on pourra avoir la possibilité de se situer par rapport au cadre moral de l'orthodoxie. Ces informations pratiques sont prioritairement destinées aux personnes en recherche, à qui nous souhaitons d'être conduites par le Saint-Esprit dans la voie de la Vérité et de l'Amour.

Troisièmement, on trouvera au cas par cas, des liens vers d'autres articles publiés sur le net, qui feront la point plus en profondeur sur les questiosn traitées.

 


Avertissement

Ce texte se veut plus une courte analyse et une synthèse morales, une base pour une prise de conscience et un comportement cohérents avec le dessein céleste de divinisation de la créature humaine, mais ne constitue pas pour autant l’expression officielle, définitive ou univoque de l’éthique orthodoxe, car elle n’existe pour l’instant pas. Ceci ne veut pas dire que les principes énoncés ici soient destinés à être relativisés, ils sont simplement par nature très généraux, donc incomplets et volontairement peu nuancés. La question des nuances s’aborde surtout en entretien avec le père spirituel, qui reste indispensable en ces domaines de morale, raison pour laquelle il n’existe pas un code moral unique, mais plusieurs approches complémentaires et convergentes.

En dernière analyse, ce sont les théologiens, qui avec la grâce du Saint-Esprit, avec toute la profondeur qu’exige la recherche de la Vérité, avec leurs solides références patristiques devraient normalement avoir le dernier mot, le plus achevé, le plus en adéquation avec la vie spirituelle.

"L'éthique de l'amour dépasse l'éthique des devoirs et des obligations. Les obligations morales, bonnes en soi, doivent être dépassées. Mais cela à condition de mener sa vie religieuse non à partir du Bien, catégorie abstraite, mais de Dieu, personne vivante, dans une communion vivifiante où l'homme se transforme. Il ne s'agit pas de collectionner les vertus, il s'agit de la metanoïa évangélique, du revirement total, de la métamorphose de la vie et de l'être humain."
Paul Evdokimov, introduction à son livre : "Vision orthodoxe de la théologie morale".

Le site de l'Église orthodoxe d'Estonie publie en français nombre de textes intéressants et de réflexions, notament morales, de la main du Métropolite Stéphanos. Nous le recommandons à votre attention sur plusieurs sujets d'actualité traités ici sommairement. Page société du site.

À la relecture, je m'aperçois que le projet de cette page est nettement plus ambitieux que je ne me l'imaginais, et que je suis finalement très réducteur, pour le moins. Cette page est donc destinée à évoluer en profondeur, en parallèle avec l'évolution de son auteur, qui a en fait certainement encore trop de choses à apprendre. Peut-être serait-il mieux de la désactiver pour le moment, mais finalement, puisque cette prise de conscience existe, je maintiens la page avec cette réserve signalant qu'elle n'a pas son contenu définitif. Lorsque ce sera le cas, j'aurai atteint une limite que je considérerai comme satisfaisante et je supprimerai ce texte en orange, ainsi que ce petit logo qui tourne.

P. Dimitri


Principe général

Dans le domaine éthique, le principe général appliqué dans l'orthodoxie est le respect de la Loi divine, formulée dans le décalogue. Les préceptes moraux ne sont pas appliqués pour eux-mêmes, en vertu de leur autorité, mais dans une dynamique de sanctification. Les commandements sont donc lus sur plusieurs niveaux, éclairés par la Lumière des préceptes de l'Évangile, et toute la sagesse pratique de l'Église. Le génie de l'Église orthodoxe consiste dans une interprétation où les obligations cèdent à l'adhésion, qui satisfasse à la fois la règle et l'intelligence, la lettre et l'esprit.
Le moyen est de participer aux vertus divines, comme l'Amour, la Justice, la Vérité, la Beauté et le Bien, afin que le chemin vers le Royaume de Dieu soit rendu droit. (Is 40, Mc 1)


Mariage

Pour l’orthodoxie le mariage est unique et indissoluble. Il se célèbre exclusivement entre un homme et une femme, dans le but d'une progression spirituelle commune, ce que l'on appelle "fonder un foyer", cellule de l’Église universelle.

S'il est nécessaire d'être préalablement marié au civil pour pouvoir célébrer une union religieuse (livret de famille), les nouvelles possibilités légales (comme le partenariat enregistré) ne peuvent pas servir de substitut au mariage civil et n'ont par conséquent aucun répondant dans l'Église.

Pour des raisons d’économie, l’Église orthodoxe peut cependant, sous certaines conditions laissées au discernement de l’évêque, célébrer une nouvelle union, qui aura alors un caractère pénitentiel, et qui permet au couple recomposé, eu égard à la faiblesse humaine, de s’approcher de la sainte Communion.

Cependant, si la personne qui a été mariée une deuxième fois décide de retourner avec son premier conjoint, il ne sera célébré aucun office, ces derniers étant déjà mariés. Les personnes qui vivent une relation et ne sont pas mariées, doivent rechercher une sainte patience, se confesser, et se marier pour pouvoir s’approcher en couple de la sainte Communion.

Il est abusif d'imaginer que l'Église orthodoxe serait une machine à divorcer ou à remarier les divorcés (en particulier les divorcés de confession catholique romaine). Les personnes qui se présentent pour une union doivent tout d'abord être éprouvées dans leur foi orthodoxe et intégrées dans une vie paroissiale.

Voir l'extraordinaire article de Mgr Stéphanos de Tallin sur le sujet du mariage.

Chasteté

La chasteté est demandée à tous les membres de l’Église, sans distinction. Chez les moines elle s’exerce dans la continence ; chez le clergé marié dans la fidélité mutuelle et l’abstinence, les jours des célébrations (depuis la veille au soir) et durant les périodes de jeûne ; chez les fidèles mariés dans la fidélité mutuelle et l’abstinence durant les périodes de jeûne ; chez les célibataires, les personnes non mariées, et les personnes qui ont des affinités homosexuelles dans la continence. Les fiancés sont tenus de se préserver pour le mariage.

Dans l’orthodoxie, tout le monde est invité à la maîtrise des sens et des désirs de la chair, qui, s’ils sont sains et saints dans le cadre du mariage, de l’échange conjugal, du raffermissement du couple et la procréation, sortent de la prescription en dehors de ce cadre. Même au sein du mariage, les pratiques sexuelles érigées dans le seul but d’un plaisir charnel et en dehors des organes et possibilités naturelles de conception relèvent de la fornication.

Voir aussi les pages orthodoxes sur la sexualité.


Conditions pour le sacerdoce

Si l’Église orthodoxe peut ordonner au diaconat et au sacerdoce des moines ou des hommes mariés, maris * d’une seule femme ** comme le précise l’écriture, dont la stabilité est avérée ***, elle ne célèbre cependant jamais le mariage d’un clerc.

A partir du moment où un clerc est ordonné, il ne peut plus se marier, ou bien il doit déposer son sacerdoce. Dans ce cas, le moine doit bien entendu sortir du monastère. Quant aux évêques, il sont pour le moment, par économie et selon la discipline de l’Église depuis plus de mille ans, choisis parmi les moines.

* couple marié selon l'ordre de l'Église
** on ne tient évidemment pas compte de la période qui précède l'entrée dans l'Église
*** les critères de stabilité concernent la vie personnelle : présence d'enfants, moyens d'existence, capacités, formation, moralité, etc.


Homosexualité

L’Église orthodoxe ne juge ni ne condamne les affinités ou attirances sexuelles des personnes, car tous sont appelés au salut. Pour ce qui concernes les relations homosexuelles, elles sont régies par les mêmes règles que le célibat, c’est-à-dire l’abstinence, et leur pratique constituent autant d’adultères (porneia en grec), qui sont des empêchements à recevoir la sainte Communion. Si les affinités homosexuelles sont irrépressibles et amènent à avoir des relations, la personne ne peut ni embrasser l’état monastique, ni être ordonnée. Elle est en revanche toujours bienvenue et accueillie à l’Église, invitée à la prière et accompagnée spirituellement en vue d’un dépassement de ces obstacles au progrès spirituel.

On lira avec profit sur ce sujet le texte du père Marc-Antoine Costa de Beauregard. : « Théologie de la sexualité - Le sens de la distinction du masculin et du féminin (hétérosexualité et homosexualité)- Essai d’une interprétation chrétienne de la question homosexuelle ».

Sur le plan public, la défense de la culture homosexuelle
« la pride » , le « coming-out » homosexuel et la relativisation de l’hétérosexualité, l’émergence de l’homosexualité au titre d’alternative relevant de « préférence » ou de « droit à la différence » sont considérées comme autant d’ambitions étrangères à la Divine Volonté.

L'Église s'élève avec force contre ces phénomènes pour une question de protection de la société et particulièrement de la jeunesse. C'est un âge où les choses sont souvent mal définies, et où des expériences maladroites peuvent fausser le jugement et désorienter durablement la jeune personne. La voie homosexuelle semble avoir comme caractéristique principale une souffrance sans issue, une ghettoïsation, qui sera d'autant plus forte qu'elle en rejetera la responsabilité sur le reste de la société.

Rappelons que définitivement : il n'y a aucun bonheur possible dans le choix d'une orientation homosexuelle, stérile par nature, car elle n'offre aucun moyen de réalisation, ni dans la stabilisation de la vie personnelle, ni dans la croissance spirituelle, ni dans la multiplication des créatures. Même si on ne peut parfois plus réorienter une personne homosexuelle, on peut cependant l'aider à vivre le mieux possible avec cette difficulté d'ordre essentiellement spirituel (qui ne relève aucunement du domaine médical), en lui offrant toutes les solutions éprouvées par la sagesse de l'Église pour la dépasser, et par là, la possibilité d'atteindre les mêmes sommets de sainteté que n'importe quelle autre personne.


Préservation

Le principe suivant résume tout ce qui précède : la relation sexuelle n’est légitime qu’au sein d’un couple hétérosexuel, marié et chaste. En dehors de cela, la question de la préservation ne se pose pas autrement qu’en matière de protection de l’enfance ou contre la transmission des maladies. Tant qu’il y aura incontinence de la chair, qu’on y ajoute pas encore l’erreur de concevoir des enfants au futur potentiellement malheureux, ni celle de transmettre la maladie ou la mort par le moyen des organes procréateurs.

D’autre part, la protection de l’innocence des enfants et le respect des âges d’éveil des différentes fonctions du corps et de l’âme exige qu’on n’implique pas les enfants dans des problèmes spécifiques au monde adulte avant l’âge. Souvent, la programmation des leçons dites « d’éducation sexuelle » amène plus de confusion que de clarté, et la présentation simultanée de la technique de l’acte sexuel et des moyens de protection obligatoires à utiliser leur impose une mauvaise image de la sexualité : celle d’un monde dangereux qu’on peut impunément traverser en se munissant de l’incontournable préservatif. La question sexuelle perd de ce fait tout son mystère et tout son charme, les enfants sont scandalisée (du grec skandalon : obstacle pour faire tomber) et ils sont amenés à confondre la nécessité de protection (en cas d’expériences troublantes pour le corps et douloureuses pour l’âme dont on induit brusquement une sorte de nécessité) avec la licence de pratiquer, quand ce n’est pas une sorte de rite obligatoire d’initiation sociale pour une bonne entrée dans l’adolescence, âge qui est devenu la cible de choix d’une infinité de prédateurs de tous ordres.


Avortement

L’avortement est considéré par l’Église orthodoxe comme un crime contre la vie humaine et est absolument proscrit. L’Église orthodoxe invite à considérer que la seule issue à ce profond dilemme réside dans une contemplation préalable et méditative du mystère de la vie et du don de sa propre vie pour en sauver une autre, ce qui consiste le sommet de l’amour.

C’est pourquoi l’Église recommande de ne rien faire qui pourrait amener des enfants à être conçus en dehors du saint mariage, pour leur bien, la stabilité du couple et la solidité de la famille et de bonnes conditions de l’éducation de l’enfant ainsi que sa croissance spirituelle.

Les membres du corps médical qui conseillent l'avortement ou qui participent aux actes abortifs ne peuvent pas s’approcher de la sainte Communion, ni les personnes qui en font l’apologie ou la promotion, à plus forte raisons ceux qui exercent des pressions sur une femme en ce sens. Même s’il s’agit de sauver une vie (celle de la mère par exemple), le choix de l’avortement reste encore un crime, dont la responsabilité principale est très souvent imputable à l’entourage, plus qu'à une pauvre fille sans éducation morale ni défense physique.

Pour tous les cas qui se trouvent à l’extérieur de l’Église universelle, la sagesse de ces propositions reste malgré tout valable, même si ces personnes ne sont pas encore sauvées par les grâces découlant de la réception du saint baptême et l’observation des commandements divins.


Maîtrise de la fertilité

Dans le cadre du couple, la maîtrise consciente de la fertilité est assumée par les deux conjoints, en intelligence et fonction de leurs possibilités et de leur force intérieure. Dans tous les cas, aucune méthode impliquant des systèmes ou des principes abortifs ne peut être légitime. La question se règle en fait en entretien avec le confesseur, ce qui démontre que tout ce qui touche à la vie est sacré, et ne peut être compris autrement que dans le cadre de la vie spirituelle.

Je rajouterai une note personnelle : je considère que la science moderne a aujourd'hui suffisamment de connaissances pour qu'on puisse honnêtement proposer aux couples une méthode naturelle aboutie, fiable et relativement facile à mettre en oeuvre, moyennant toutefois une période de formation et un minimum d'infrastructure. Cette méthode reprend et synthétise les diverses méthodes naturelles précédemment connues sous cette appellation et permet de se passer de contraceptifs mécaniques ou chimiques, tout en respectant l'ordre naturel. Voir "méthode sympto thermique". Par sa philosophie elle ne s'adresse en fait qu'à des couples stables et fidèles.


Conception

La seule méthode de conception légitime est la fertilisation naturelle au sein du couple, issue d’une volonté commune de procréer, elle est intimement liée à la théologie du mariage.

La question des gestation pour autrui (GPA) mères porteuses (enfants sans mère), des conceptions d’enfants personnels (enfants sans père) et des méthodes artificielles de fécondation sont considérées par l’Église orthodoxe comme étrangères à ses principes. C'est particulièrement le cas de la fécondation invitro, pour les raisons négatives (s'il faut en donner) de violence biologique sur les gamètes au moment de la fécondation (violation des processus biochimiques naturels par un moyen mécanique), de tri et de conservation d’embryons fécondés, de probabilités accrues de certaines malformation dues à ces techniques. Ces questions n'existent finalement que dans les désirs d'un monde séparé de Dieu, nous dit le diacre Dominique Beaufils.

De plus, et par principe de précaution, force est de constater l’impossibilité théologique de se prononcer positivement de façon définitive sur le don d’une âme par Dieu, si l’on use de moyens de procréation antinaturels, violents ou entraînant nécessairement la mort de façon collatérale.

Dans cette ligne, l’instrumentalisation de l’enfant à naître (le bébé-médicament), les interventions sur le code génétique pour des raisons de prévention ou de perfection, les diagnostiques pré-nataux qui engendrent l’eugénisme des embryons, et toutes les technologies de nature à modifier, bloquer, dénaturer ou "améliorer" le code génétique ou le processus naturel de la venue à l’être d’un nouvel enfant de Dieu sont à proscrire en tous les cas.


Transplantation d’organe


Le don d’organes volontaire (y compris du sang), librement consenti et éclairé spirituellement est considéré comme un acte de grande charité.

Le don d’organe post-mortem doit se passer dans un cadre strictement réglementé du point de vue du consentement du donneur, de l’éclairage spirituel sur la mort et de la cession gratuite des organes, hors de tout commerce. La question se doit d’être soulevée non seulement du point de vue du receveur, mais aussi du point de vue du donneur et particulièrement de son passage harmonieux dans le monde des défunts, qui concerne aussi le corps.

Le processus naturel de la mort ne saurait être modifié de façon telle que le prélèvement d’organes engendre une violence sur le corps du mourant ou soit un obstacle à l’accompagnement de l’âme. Il reste tout autant exclu que le don d’un organe soit subordonné à un acte médical de provocation de l’arrêt définitif de fonctions vitales, dans un but de prélèvement, même sur une personne déclarée en état de mort cérébrale depuis plusieurs jours.

Si nul ne peut être privé de sa vie, nul ne peut non plus être privé de sa mort, l’une et l’autre demeurant définitivement sacrées. L’Église orthodoxe se doit de faire une distinction nette entre la déclaration légale de la mort d’une personne (prétention basée sur l’observation de l’arrêt des fonctions cérébrales avec maintien artificiel de fonctions vitales) et le décès proprement dit qui concerne le début du processus de reddition progressive des étages de l’âme et la lente disparition du corps.

Pour toutes ces raisons, la provocation de l’arrêt du cœur par un acte violent (clampage de l’aorte), même en permettant l’achèvement d’un processus inéluctable suspendu artificiellement, même par un médecin, demeure un crime. Quand on sait à quel point les pères spirituels attachent de l’importance au cœur, reflet corporel du siège spirituel de la pratique la plus profonde de l’Église orthodoxe, on est pris de crainte devant la potentialité d’un tel acte.


Crémation

Pour des motifs de manque de respect au corps, d’accélération artificielle et violente d’un processus naturel, et de négligence dans l’accompagnement funéraire, l’Église orthodoxe décourage la crémation, qui demeure dans la très grande majorité des cas un acte purement profane et irréligieux, accompli sur le corps dans un contexte purement technologique, ce qui entraîne une déshumanisation de la mort et une atteinte à la paix des défunts.

L’impossibilité théologique mentionnée dans le paragraphe sur la conception, trouve ici son reflet dans le fait qu’il est impossible d’affirmer que la violence sur le corps d’un défunt n’a aucune influence sur le passage de l’âme dans l’au-delà. La séparation de l’âme et du corps est un processus qui, selon les connaissances de l’Église et par voie de conséquence sur ses pratiques visibles dans l’ordonnancement des rites funéraires, prend « un certain temps », qu’il serait fort malvenu de bousculer.


Comités d’éthique

L’Église orthodoxe ne saurait reconnaître comme désintéressées et dignes d’observation ou de foi les conclusions de comités d’éthiques dont la composition relève d’intérêts contingents ou dont les fondements ne sont pas basés sur l’incontournable question du devenir de l’âme au sens large.

Tout débat qui fait l’économie des intérêts spirituels de la tripartition corps-âme-esprit de l’homme, en lien avec la Volonté de l’indivisible et sainte Trinité, est par nature irrecevable comme fondement éthique.

Sont en revanche recevables les conclusions éthiques basées sur les préceptes de la loi divine, de l’écriture sainte, de la théologie anthropologique des pères et de tous les commentaires, arguments et augmentations qui sont dans cette ligne, même et surtout dans le cadre de discussions avec des professionnels des questions abordées, qui donnent un éclairage complémentaire indispensable.

Pour résumer : la question éthique ne saurait en aucun cas être subordonnée à des intérêts sectoriels ou purement matériels.


Science, recherche et technologie


L’Église orthodoxe considère avec bienveillance l’étude de la Création de Dieu le Père et bénit les efforts de connaissance de la science humaine. Elle qualifie en revanche le scientisme de nuisible, parce qu’il prétend se passer de Dieu par principe. De ce point de vue elle considère que les connaissances, les solutions équitables et harmonieuses et le bien-être apportés par les découvertes scientifiques sont particulièrement bénéfiques à la famille humaine, mais dénie à la recherche toute justification par elle-même, qui l’amènerait à apporter à l’humanité des solutions dans lesquelles le respect de la vie sous toutes ses formes -depuis son initiation jusqu’à son terme naturels- n’en constituerait pas le principe premier.

Elle dénie à la technologie tout exigence contraignante sur la nature humaine ou toute instrumentalisation de l’homme, que ce soit dans son corps ou dans une de ses parties -même dans l’expression la plus humbles de cellule embryonnaire- dans son psychisme, dans ses pensées ou dans sa relation à Dieu.


Euthanasie

L’Église considère que la vie est sacrée de son commencement naturel jusqu’à sa fin naturelle. Sacré aussi est l’engendrement de la vie, depuis la conception, tout comme le processus de la mort, dans lequel tout empêchement ou toute accélération relève du crime.

Il est nécessaire d’accompagner spirituellement la personne mourante, et médicalement par la diminution des souffrances, mais pas au point de soustraire une personne à la conscience naturelle de sa propre mort. Elle rejette comme inesthétique et immorale la solution du suicide, qu’il soit délibéré par dégoût de la vie, ou provoqué ou assisté par peur de la mort ou de la souffrance.

L’Église orthodoxe s’oppose de toutes ses forces à l’euthanasie et la promotion de l’idée du suicide comme alternative équivalente à la mort naturelle : en bref, d’une part à la dénaturation de la mort et d’autre part à son exaltation, à son culte, à sa provocation même légale, même pour des raisons qualifiées « d’humanistes ».


Ecologie

La position orthodoxe sur l'écologie est assez bien résumée dans un article "Orthodoxie et écologie en France," par Félicia Dumas, dont nous donnons quelques extraits ci-dessous.

Au niveau de l’écologie «traditionnelle», la voix de l’écologie chrétienne se singularise par son lexique et son intentionnalité non pragmatique. Prenant comme point de départ l’interprétation de la relation définie entre l’homme et la Création dans le récit biblique de la Genèse, elle attire l’attention sur les effets catastrophiques d’une mauvaise gestion de l’environnement, en lançant des appels pour la protection de la nature (par l’intermédiaire de ses instances les plus légitimées – dont la première est le pape) et en condamnant les atteintes à l’environnement comme une nouvelle forme de péchés, les péchés sociaux. Le message général des discours écologistes chrétiens est le suivant: pour un chrétien, la question écologique n’est séparable ni de sa vie spirituelle, ni des choix socio-politiques généraux qui fixent les modes de développement de la société humaine. L’identité des instances énonciatrices qui produisent ce type de discours est une identité chrétienne avant tout, définie par rapport à la société athée consumériste, mais aussi, par rapport aux «autres écologistes».
[...]
Cependant, l’Eglise Orthodoxe ne se contente pas seulement de lancer des appels pour la protection de la nature et de l’environnement ; elle prie et invite les autres aussi à le faire pour la sauvegarde de celui-ci, pour la sauvegarde de la Création.
[...]
Seules, les mesures législatives ne sont pas efficaces pour assurer une protection de l’environnement. Il faut prier pour que cela se réalise. A l’heure actuelle, l’objectif visé par la démarche écologique est tellement important (on parle d’une catastrophe écologique en cours) qu’il dépasse la force humaine. Converti ou reconverti à la foi, l’homme contemporain devrait demander l’aide de son Créateur par l’intermédiaire de la prière, afin qu’il puisse protéger son environnement. La prière fait intimement partie du mode de vie d’un chrétien et l’Eglise orthodoxe insiste particulièrement là-dessus. Elle prie pour la sauvegarde de la Création, orthographiée avec une majuscule.
[...]
La nature est donc le don que le Créateur fait à l’homme, qu’il considère comme prince de sa Création (car il le fait selon sa ressemblance). En même temps, l’orthodoxie va plus loin, en l’interprétant comme icône de Celui-ci, ce qui veut dire qu’Il (Dieu) demeure présent dans la Création.

 

Politique : cas de la doctrine sociale de l'Église russe

Elle ne concerne formellement que l'Église russe, mais la structure de l'orthodoxie est telle, que la reconnaissance d'une vérité par une partie de l'Église peut en fait être revendiquée ou adoptée par toute l'Église, en vertu de l'unité de foi, de pratique et de programme social. Ci-dessous, un extrait d'une intervention de Mgr Hilarion, métropolite de Volokolamsk, le 19 octobre 2010 dans le cadre du Deuxième forum catholique-orthodoxe à Rhodes.

Les fondements de la "Doctrine sociale de l’Eglise" ont été adoptés en 2000 par le Concile des évêques. Notre vision des rapports entre l’Eglise et l’Etat y est clairement exposée. L’Eglise n’aspire pas à fusionner avec l’Etat et ne s’ingère pas dans les affaires de l’administration publique, d’autant moins dans la vie politique du pays. Nous souhaitons de par ailleurs que les intérêts des orthodoxes, [c'est-à-dire de près de 80% de la population (russe N.d.l.r)], soient pris en considération par l’Etat. L’Eglise se déclare loyale à l’égard de l’Etat mais seulement dans une certaine mesure. Il est dit dans les fondements de la Doctrine sociale que « l’Eglise est loyale à l’égard de l’Etat tout en plaçant les commandements Divins au dessus de cette loyauté : son devoir est de contribuer au salut des hommes quelles que soient les circonstances». La Doctrine sociale traite du travail commun de l’Eglise et de l’Etat dans divers domaines de la vie de la société. Il s’agit en particulier du maintien de la morale publique et l’éducation spirituelle, culturelle, morale et patriotique ainsi que de la bienfaisance et de la mise en œuvre de programmes sociaux communs, de la sollicitude ecclésiale à l’égard des militaires et des collaborateurs des forces de protection de l’ordre, de la prévention des délits, de l’aide spirituelle aux détenus, du soutien à la famille, la maternité et l’enfance ainsi que de contrer les agissements des entités pseudo religieuses présentant un danger pour l’individu comme pour la société. La Doctrine sociale stipule d’une manière claire que l’Eglise est en droit d’appeler ses enfants à la désobéissance civique si l’autorité publique exige d’eux de commettre un péché.

 

 

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