Éthique orthodoxe
Rudiments d'éthique orthodoxe
But de ce texte
Sauf la doctrine sociale de l'Église russe (dont on parlera plus bas), lorthodoxie na pas de code de morale spécifique, mais tout fidèle connaît par la pratique religieuse les grands principes qui régissent le fonctionnement de lÉglise et la vie publique ou privée. Dans les cas nouveaux, chaque orthodoxe digne de ce nom shonore cependant de rechercher ce qui est beau et juste, pour discerner ce qui entre dans le plan divin et respecte les préceptes bibliques ou la discipline de lÉglise, en trois mots : la sainte et divine Volonté.
Les principes de la morale sont implicitement contenus dans lensemble des comportements qui relèvent de laspiration spirituelle, qui sinscrivent dans la vue dune collaboration active à son propre salut. Si on na pas de code spécifique, on peut cependant très bien poser certains jalons afin déviter les malentendus et les raccourcis faciles qui laisseraient croire que lÉglise orthodoxe permettrait en matière de morale ce que lÉglise catholique romaine ne tolère pas, quelle serait plus laxiste ou plus ouverte, et que par conséquent on pourrait lopposer à lÉglise catholique romaine sur ces points.Comme un lecteur attentif le remarquera ci-dessous : les différences ne portent pas sur le fond, mais sur la façon d'aborder spirituellement plutôt que juridiquement les problèmes moraux, qui dans l'orthodoxie relèvent de l'accompagnement spirituel plus que d'un ensemble de préceptes.
Deuxièmement : ce texte est par-ci par-là émaillé de cas spécifiques, ce qui fait qu'au cas par cas on pourra avoir la possibilité de se situer par rapport au cadre moral de l'orthodoxie. Ces informations pratiques sont prioritairement destinées aux personnes en recherche, à qui nous souhaitons d'être conduites par le Saint-Esprit dans la voie de la Vérité et de l'Amour.
Troisièmement, on trouvera au cas par cas, des liens vers d'autres articles publiés sur le net, qui feront la point plus en profondeur sur les questiosn traitées.
Avertissement
Ce texte se veut plus une courte analyse et une synthèse morales, une base pour une prise de conscience et un comportement cohérents avec le dessein céleste de divinisation de la créature humaine, mais ne constitue pas pour autant lexpression officielle, définitive ou univoque de léthique orthodoxe, car elle nexiste pour linstant pas. Ceci ne veut pas dire que les principes énoncés ici soient destinés à être relativisés, ils sont simplement par nature très généraux, donc incomplets et volontairement peu nuancés. La question des nuances saborde surtout en entretien avec le père spirituel, qui reste indispensable en ces domaines de morale, raison pour laquelle il nexiste pas un code moral unique, mais plusieurs approches complémentaires et convergentes.
En dernière analyse, ce sont les théologiens, qui avec la grâce du Saint-Esprit, avec toute la profondeur quexige la recherche de la Vérité, avec leurs solides références patristiques devraient normalement avoir le dernier mot, le plus achevé, le plus en adéquation avec la vie spirituelle."L'éthique de l'amour dépasse l'éthique des devoirs et des obligations. Les obligations morales, bonnes en soi, doivent être dépassées. Mais cela à condition de mener sa vie religieuse non à partir du Bien, catégorie abstraite, mais de Dieu, personne vivante, dans une communion vivifiante où l'homme se transforme. Il ne s'agit pas de collectionner les vertus, il s'agit de la metanoïa évangélique, du revirement total, de la métamorphose de la vie et de l'être humain."
Paul Evdokimov, introduction à son livre : "Vision orthodoxe de la théologie morale".Le site de l'Église orthodoxe d'Estonie publie en français nombre de textes intéressants et de réflexions, notament morales, de la main du Métropolite Stéphanos. Nous le recommandons à votre attention sur plusieurs sujets d'actualité traités ici sommairement. Page société du site.À la relecture, je m'aperçois que le projet de cette page est nettement plus ambitieux que je ne me l'imaginais, et que je suis finalement très réducteur, pour le moins. Cette page est donc destinée à évoluer en profondeur, en parallèle avec l'évolution de son auteur, qui a en fait certainement encore trop de choses à apprendre. Peut-être serait-il mieux de la désactiver pour le moment, mais finalement, puisque cette prise de conscience existe, je maintiens la page avec cette réserve signalant qu'elle n'a pas son contenu définitif. Lorsque ce sera le cas, j'aurai atteint une limite que je considérerai comme satisfaisante et je supprimerai ce texte en orange, ainsi que ce petit logo qui tourne.
P. Dimitri
Principe général
Dans le domaine éthique, le principe général appliqué dans l'orthodoxie est le respect de la Loi divine, formulée dans le décalogue. Les préceptes moraux ne sont pas appliqués pour eux-mêmes, en vertu de leur autorité, mais dans une dynamique de sanctification. Les commandements sont donc lus sur plusieurs niveaux, éclairés par la Lumière des préceptes de l'Évangile, et toute la sagesse pratique de l'Église. Le génie de l'Église orthodoxe consiste dans une interprétation où les obligations cèdent à l'adhésion, qui satisfasse à la fois la règle et l'intelligence, la lettre et l'esprit.
Le moyen est de participer aux vertus divines, comme l'Amour, la Justice, la Vérité, la Beauté et le Bien, afin que le chemin vers le Royaume de Dieu soit rendu droit. (Is 40, Mc 1)
Mariage
Pour lorthodoxie le mariage est unique et indissoluble. Il se célèbre exclusivement entre un homme et une femme, dans le but d'une progression spirituelle commune, ce que l'on appelle "fonder un foyer", cellule de lÉglise universelle.S'il est nécessaire d'être préalablement marié au civil pour pouvoir célébrer une union religieuse (livret de famille), les nouvelles possibilités légales (comme le partenariat enregistré) ne peuvent pas servir de substitut au mariage civil et n'ont par conséquent aucun répondant dans l'Église.
Pour des raisons déconomie, lÉglise orthodoxe peut cependant, sous certaines conditions laissées au discernement de lévêque, célébrer une nouvelle union, qui aura alors un caractère pénitentiel, et qui permet au couple recomposé, eu égard à la faiblesse humaine, de sapprocher de la sainte Communion.
Cependant, si la personne qui a été mariée une deuxième fois décide de retourner avec son premier conjoint, il ne sera célébré aucun office, ces derniers étant déjà mariés. Les personnes qui vivent une relation et ne sont pas mariées, doivent rechercher une sainte patience, se confesser, et se marier pour pouvoir sapprocher en couple de la sainte Communion.Il est abusif d'imaginer que l'Église orthodoxe serait une machine à divorcer ou à remarier les divorcés (en particulier les divorcés de confession catholique romaine). Les personnes qui se présentent pour une union doivent tout d'abord être éprouvées dans leur foi orthodoxe et intégrées dans une vie paroissiale.
Voir l'extraordinaire article de Mgr Stéphanos de Tallin sur le sujet du mariage.
Chasteté
La chasteté est demandée à tous les membres de lÉglise, sans distinction. Chez les moines elle sexerce dans la continence ; chez le clergé marié dans la fidélité mutuelle et labstinence, les jours des célébrations (depuis la veille au soir) et durant les périodes de jeûne ; chez les fidèles mariés dans la fidélité mutuelle et labstinence durant les périodes de jeûne ; chez les célibataires, les personnes non mariées, et les personnes qui ont des affinités homosexuelles dans la continence. Les fiancés sont tenus de se préserver pour le mariage.
Dans lorthodoxie, tout le monde est invité à la maîtrise des sens et des désirs de la chair, qui, sils sont sains et saints dans le cadre du mariage, de léchange conjugal, du raffermissement du couple et la procréation, sortent de la prescription en dehors de ce cadre. Même au sein du mariage, les pratiques sexuelles érigées dans le seul but dun plaisir charnel et en dehors des organes et possibilités naturelles de conception relèvent de la fornication.Voir aussi les pages orthodoxes sur la sexualité.
Conditions pour le sacerdoce
Si lÉglise orthodoxe peut ordonner au diaconat et au sacerdoce des moines ou des hommes mariés, maris * dune seule femme ** comme le précise lécriture, dont la stabilité est avérée ***, elle ne célèbre cependant jamais le mariage dun clerc.
A partir du moment où un clerc est ordonné, il ne peut plus se marier, ou bien il doit déposer son sacerdoce. Dans ce cas, le moine doit bien entendu sortir du monastère. Quant aux évêques, il sont pour le moment, par économie et selon la discipline de lÉglise depuis plus de mille ans, choisis parmi les moines.* couple marié selon l'ordre de l'Église
** on ne tient évidemment pas compte de la période qui précède l'entrée dans l'Église
*** les critères de stabilité concernent la vie personnelle : présence d'enfants, moyens d'existence, capacités, formation, moralité, etc.
Homosexualité
LÉglise orthodoxe ne juge ni ne condamne les affinités ou attirances sexuelles des personnes, car tous sont appelés au salut. Pour ce qui concernes les relations homosexuelles, elles sont régies par les mêmes règles que le célibat, cest-à-dire labstinence, et leur pratique constituent autant dadultères (porneia en grec), qui sont des empêchements à recevoir la sainte Communion. Si les affinités homosexuelles sont irrépressibles et amènent à avoir des relations, la personne ne peut ni embrasser létat monastique, ni être ordonnée. Elle est en revanche toujours bienvenue et accueillie à lÉglise, invitée à la prière et accompagnée spirituellement en vue dun dépassement de ces obstacles au progrès spirituel.On lira avec profit sur ce sujet le texte du père Marc-Antoine Costa de Beauregard. : « Théologie de la sexualité - Le sens de la distinction du masculin et du féminin (hétérosexualité et homosexualité)- Essai dune interprétation chrétienne de la question homosexuelle ».
Sur le plan public, la défense de la culture homosexuelle « la pride » , le « coming-out » homosexuel et la relativisation de lhétérosexualité, lémergence de lhomosexualité au titre dalternative relevant de « préférence » ou de « droit à la différence » sont considérées comme autant dambitions étrangères à la Divine Volonté.L'Église s'élève avec force contre ces phénomènes pour une question de protection de la société et particulièrement de la jeunesse. C'est un âge où les choses sont souvent mal définies, et où des expériences maladroites peuvent fausser le jugement et désorienter durablement la jeune personne. La voie homosexuelle semble avoir comme caractéristique principale une souffrance sans issue, une ghettoïsation, qui sera d'autant plus forte qu'elle en rejetera la responsabilité sur le reste de la société.
Rappelons que définitivement : il n'y a aucun bonheur possible dans le choix d'une orientation homosexuelle, stérile par nature, car elle n'offre aucun moyen de réalisation, ni dans la stabilisation de la vie personnelle, ni dans la croissance spirituelle, ni dans la multiplication des créatures. Même si on ne peut parfois plus réorienter une personne homosexuelle, on peut cependant l'aider à vivre le mieux possible avec cette difficulté d'ordre essentiellement spirituel (qui ne relève aucunement du domaine médical), en lui offrant toutes les solutions éprouvées par la sagesse de l'Église pour la dépasser, et par là, la possibilité d'atteindre les mêmes sommets de sainteté que n'importe quelle autre personne.
Préservation
Le principe suivant résume tout ce qui précède : la relation sexuelle nest légitime quau sein dun couple hétérosexuel, marié et chaste. En dehors de cela, la question de la préservation ne se pose pas autrement quen matière de protection de lenfance ou contre la transmission des maladies. Tant quil y aura incontinence de la chair, quon y ajoute pas encore lerreur de concevoir des enfants au futur potentiellement malheureux, ni celle de transmettre la maladie ou la mort par le moyen des organes procréateurs.
Dautre part, la protection de linnocence des enfants et le respect des âges déveil des différentes fonctions du corps et de lâme exige quon nimplique pas les enfants dans des problèmes spécifiques au monde adulte avant lâge. Souvent, la programmation des leçons dites « déducation sexuelle » amène plus de confusion que de clarté, et la présentation simultanée de la technique de lacte sexuel et des moyens de protection obligatoires à utiliser leur impose une mauvaise image de la sexualité : celle dun monde dangereux quon peut impunément traverser en se munissant de lincontournable préservatif. La question sexuelle perd de ce fait tout son mystère et tout son charme, les enfants sont scandalisée (du grec skandalon : obstacle pour faire tomber) et ils sont amenés à confondre la nécessité de protection (en cas dexpériences troublantes pour le corps et douloureuses pour lâme dont on induit brusquement une sorte de nécessité) avec la licence de pratiquer, quand ce nest pas une sorte de rite obligatoire dinitiation sociale pour une bonne entrée dans ladolescence, âge qui est devenu la cible de choix dune infinité de prédateurs de tous ordres.
Avortement
Lavortement est considéré par lÉglise orthodoxe comme un crime contre la vie humaine et est absolument proscrit. LÉglise orthodoxe invite à considérer que la seule issue à ce profond dilemme réside dans une contemplation préalable et méditative du mystère de la vie et du don de sa propre vie pour en sauver une autre, ce qui consiste le sommet de lamour.
Cest pourquoi lÉglise recommande de ne rien faire qui pourrait amener des enfants à être conçus en dehors du saint mariage, pour leur bien, la stabilité du couple et la solidité de la famille et de bonnes conditions de léducation de lenfant ainsi que sa croissance spirituelle.
Les membres du corps médical qui conseillent l'avortement ou qui participent aux actes abortifs ne peuvent pas sapprocher de la sainte Communion, ni les personnes qui en font lapologie ou la promotion, à plus forte raisons ceux qui exercent des pressions sur une femme en ce sens. Même sil sagit de sauver une vie (celle de la mère par exemple), le choix de lavortement reste encore un crime, dont la responsabilité principale est très souvent imputable à lentourage, plus qu'à une pauvre fille sans éducation morale ni défense physique.Pour tous les cas qui se trouvent à lextérieur de lÉglise universelle, la sagesse de ces propositions reste malgré tout valable, même si ces personnes ne sont pas encore sauvées par les grâces découlant de la réception du saint baptême et lobservation des commandements divins.
Maîtrise de la fertilité
Dans le cadre du couple, la maîtrise consciente de la fertilité est assumée par les deux conjoints, en intelligence et fonction de leurs possibilités et de leur force intérieure. Dans tous les cas, aucune méthode impliquant des systèmes ou des principes abortifs ne peut être légitime. La question se règle en fait en entretien avec le confesseur, ce qui démontre que tout ce qui touche à la vie est sacré, et ne peut être compris autrement que dans le cadre de la vie spirituelle.Je rajouterai une note personnelle : je considère que la science moderne a aujourd'hui suffisamment de connaissances pour qu'on puisse honnêtement proposer aux couples une méthode naturelle aboutie, fiable et relativement facile à mettre en oeuvre, moyennant toutefois une période de formation et un minimum d'infrastructure. Cette méthode reprend et synthétise les diverses méthodes naturelles précédemment connues sous cette appellation et permet de se passer de contraceptifs mécaniques ou chimiques, tout en respectant l'ordre naturel. Voir "méthode sympto thermique". Par sa philosophie elle ne s'adresse en fait qu'à des couples stables et fidèles.
Conception
La seule méthode de conception légitime est la fertilisation naturelle au sein du couple, issue dune volonté commune de procréer, elle est intimement liée à la théologie du mariage.La question des gestation pour autrui (GPA) mères porteuses (enfants sans mère), des conceptions denfants personnels (enfants sans père) et des méthodes artificielles de fécondation sont considérées par lÉglise orthodoxe comme étrangères à ses principes. C'est particulièrement le cas de la fécondation invitro, pour les raisons négatives (s'il faut en donner) de violence biologique sur les gamètes au moment de la fécondation (violation des processus biochimiques naturels par un moyen mécanique), de tri et de conservation dembryons fécondés, de probabilités accrues de certaines malformation dues à ces techniques. Ces questions n'existent finalement que dans les désirs d'un monde séparé de Dieu, nous dit le diacre Dominique Beaufils.
De plus, et par principe de précaution, force est de constater limpossibilité théologique de se prononcer positivement de façon définitive sur le don dune âme par Dieu, si lon use de moyens de procréation antinaturels, violents ou entraînant nécessairement la mort de façon collatérale.
Dans cette ligne, linstrumentalisation de lenfant à naître (le bébé-médicament), les interventions sur le code génétique pour des raisons de prévention ou de perfection, les diagnostiques pré-nataux qui engendrent leugénisme des embryons, et toutes les technologies de nature à modifier, bloquer, dénaturer ou "améliorer" le code génétique ou le processus naturel de la venue à lêtre dun nouvel enfant de Dieu sont à proscrire en tous les cas.
Transplantation dorgane
Le don dorganes volontaire (y compris du sang), librement consenti et éclairé spirituellement est considéré comme un acte de grande charité.
Le don dorgane post-mortem doit se passer dans un cadre strictement réglementé du point de vue du consentement du donneur, de léclairage spirituel sur la mort et de la cession gratuite des organes, hors de tout commerce. La question se doit dêtre soulevée non seulement du point de vue du receveur, mais aussi du point de vue du donneur et particulièrement de son passage harmonieux dans le monde des défunts, qui concerne aussi le corps.
Le processus naturel de la mort ne saurait être modifié de façon telle que le prélèvement dorganes engendre une violence sur le corps du mourant ou soit un obstacle à laccompagnement de lâme. Il reste tout autant exclu que le don dun organe soit subordonné à un acte médical de provocation de larrêt définitif de fonctions vitales, dans un but de prélèvement, même sur une personne déclarée en état de mort cérébrale depuis plusieurs jours.
Si nul ne peut être privé de sa vie, nul ne peut non plus être privé de sa mort, lune et lautre demeurant définitivement sacrées. LÉglise orthodoxe se doit de faire une distinction nette entre la déclaration légale de la mort dune personne (prétention basée sur lobservation de larrêt des fonctions cérébrales avec maintien artificiel de fonctions vitales) et le décès proprement dit qui concerne le début du processus de reddition progressive des étages de lâme et la lente disparition du corps.
Pour toutes ces raisons, la provocation de larrêt du cur par un acte violent (clampage de laorte), même en permettant lachèvement dun processus inéluctable suspendu artificiellement, même par un médecin, demeure un crime. Quand on sait à quel point les pères spirituels attachent de limportance au cur, reflet corporel du siège spirituel de la pratique la plus profonde de lÉglise orthodoxe, on est pris de crainte devant la potentialité dun tel acte.
Crémation
Pour des motifs de manque de respect au corps, daccélération artificielle et violente dun processus naturel, et de négligence dans laccompagnement funéraire, lÉglise orthodoxe décourage la crémation, qui demeure dans la très grande majorité des cas un acte purement profane et irréligieux, accompli sur le corps dans un contexte purement technologique, ce qui entraîne une déshumanisation de la mort et une atteinte à la paix des défunts.
Limpossibilité théologique mentionnée dans le paragraphe sur la conception, trouve ici son reflet dans le fait quil est impossible daffirmer que la violence sur le corps dun défunt na aucune influence sur le passage de lâme dans lau-delà. La séparation de lâme et du corps est un processus qui, selon les connaissances de lÉglise et par voie de conséquence sur ses pratiques visibles dans lordonnancement des rites funéraires, prend « un certain temps », quil serait fort malvenu de bousculer.
Comités déthique
LÉglise orthodoxe ne saurait reconnaître comme désintéressées et dignes dobservation ou de foi les conclusions de comités déthiques dont la composition relève dintérêts contingents ou dont les fondements ne sont pas basés sur lincontournable question du devenir de lâme au sens large.
Tout débat qui fait léconomie des intérêts spirituels de la tripartition corps-âme-esprit de lhomme, en lien avec la Volonté de lindivisible et sainte Trinité, est par nature irrecevable comme fondement éthique.
Sont en revanche recevables les conclusions éthiques basées sur les préceptes de la loi divine, de lécriture sainte, de la théologie anthropologique des pères et de tous les commentaires, arguments et augmentations qui sont dans cette ligne, même et surtout dans le cadre de discussions avec des professionnels des questions abordées, qui donnent un éclairage complémentaire indispensable.
Pour résumer : la question éthique ne saurait en aucun cas être subordonnée à des intérêts sectoriels ou purement matériels.
Science, recherche et technologie
LÉglise orthodoxe considère avec bienveillance létude de la Création de Dieu le Père et bénit les efforts de connaissance de la science humaine. Elle qualifie en revanche le scientisme de nuisible, parce quil prétend se passer de Dieu par principe. De ce point de vue elle considère que les connaissances, les solutions équitables et harmonieuses et le bien-être apportés par les découvertes scientifiques sont particulièrement bénéfiques à la famille humaine, mais dénie à la recherche toute justification par elle-même, qui lamènerait à apporter à lhumanité des solutions dans lesquelles le respect de la vie sous toutes ses formes -depuis son initiation jusquà son terme naturels- nen constituerait pas le principe premier.
Elle dénie à la technologie tout exigence contraignante sur la nature humaine ou toute instrumentalisation de lhomme, que ce soit dans son corps ou dans une de ses parties -même dans lexpression la plus humbles de cellule embryonnaire- dans son psychisme, dans ses pensées ou dans sa relation à Dieu.
Euthanasie
LÉglise considère que la vie est sacrée de son commencement naturel jusquà sa fin naturelle. Sacré aussi est lengendrement de la vie, depuis la conception, tout comme le processus de la mort, dans lequel tout empêchement ou toute accélération relève du crime.
Il est nécessaire daccompagner spirituellement la personne mourante, et médicalement par la diminution des souffrances, mais pas au point de soustraire une personne à la conscience naturelle de sa propre mort. Elle rejette comme inesthétique et immorale la solution du suicide, quil soit délibéré par dégoût de la vie, ou provoqué ou assisté par peur de la mort ou de la souffrance.
LÉglise orthodoxe soppose de toutes ses forces à leuthanasie et la promotion de lidée du suicide comme alternative équivalente à la mort naturelle : en bref, dune part à la dénaturation de la mort et dautre part à son exaltation, à son culte, à sa provocation même légale, même pour des raisons qualifiées « dhumanistes ».
Ecologie
La position orthodoxe sur l'écologie est assez bien résumée dans un article "Orthodoxie et écologie en France," par Félicia Dumas, dont nous donnons quelques extraits ci-dessous.
Au niveau de lécologie «traditionnelle», la voix de lécologie chrétienne se singularise par son lexique et son intentionnalité non pragmatique. Prenant comme point de départ linterprétation de la relation définie entre lhomme et la Création dans le récit biblique de la Genèse, elle attire lattention sur les effets catastrophiques dune mauvaise gestion de lenvironnement, en lançant des appels pour la protection de la nature (par lintermédiaire de ses instances les plus légitimées dont la première est le pape) et en condamnant les atteintes à lenvironnement comme une nouvelle forme de péchés, les péchés sociaux. Le message général des discours écologistes chrétiens est le suivant: pour un chrétien, la question écologique nest séparable ni de sa vie spirituelle, ni des choix socio-politiques généraux qui fixent les modes de développement de la société humaine. Lidentité des instances énonciatrices qui produisent ce type de discours est une identité chrétienne avant tout, définie par rapport à la société athée consumériste, mais aussi, par rapport aux «autres écologistes».
[...]
Cependant, lEglise Orthodoxe ne se contente pas seulement de lancer des appels pour la protection de la nature et de lenvironnement ; elle prie et invite les autres aussi à le faire pour la sauvegarde de celui-ci, pour la sauvegarde de la Création.
[...]
Seules, les mesures législatives ne sont pas efficaces pour assurer une protection de lenvironnement. Il faut prier pour que cela se réalise. A lheure actuelle, lobjectif visé par la démarche écologique est tellement important (on parle dune catastrophe écologique en cours) quil dépasse la force humaine. Converti ou reconverti à la foi, lhomme contemporain devrait demander laide de son Créateur par lintermédiaire de la prière, afin quil puisse protéger son environnement. La prière fait intimement partie du mode de vie dun chrétien et lEglise orthodoxe insiste particulièrement là-dessus. Elle prie pour la sauvegarde de la Création, orthographiée avec une majuscule.
[...]
La nature est donc le don que le Créateur fait à lhomme, quil considère comme prince de sa Création (car il le fait selon sa ressemblance). En même temps, lorthodoxie va plus loin, en linterprétant comme icône de Celui-ci, ce qui veut dire quIl (Dieu) demeure présent dans la Création.
Politique : cas de la doctrine sociale de l'Église russe
Elle ne concerne formellement que l'Église russe, mais la structure de l'orthodoxie est telle, que la reconnaissance d'une vérité par une partie de l'Église peut en fait être revendiquée ou adoptée par toute l'Église, en vertu de l'unité de foi, de pratique et de programme social. Ci-dessous, un extrait d'une intervention de Mgr Hilarion, métropolite de Volokolamsk, le 19 octobre 2010 dans le cadre du Deuxième forum catholique-orthodoxe à Rhodes.
Les fondements de la "Doctrine sociale de lEglise" ont été adoptés en 2000 par le Concile des évêques. Notre vision des rapports entre lEglise et lEtat y est clairement exposée. LEglise naspire pas à fusionner avec lEtat et ne singère pas dans les affaires de ladministration publique, dautant moins dans la vie politique du pays. Nous souhaitons de par ailleurs que les intérêts des orthodoxes, [c'est-à-dire de près de 80% de la population (russe N.d.l.r)], soient pris en considération par lEtat. LEglise se déclare loyale à légard de lEtat mais seulement dans une certaine mesure. Il est dit dans les fondements de la Doctrine sociale que « lEglise est loyale à légard de lEtat tout en plaçant les commandements Divins au dessus de cette loyauté : son devoir est de contribuer au salut des hommes quelles que soient les circonstances». La Doctrine sociale traite du travail commun de lEglise et de lEtat dans divers domaines de la vie de la société. Il sagit en particulier du maintien de la morale publique et léducation spirituelle, culturelle, morale et patriotique ainsi que de la bienfaisance et de la mise en uvre de programmes sociaux communs, de la sollicitude ecclésiale à légard des militaires et des collaborateurs des forces de protection de lordre, de la prévention des délits, de laide spirituelle aux détenus, du soutien à la famille, la maternité et lenfance ainsi que de contrer les agissements des entités pseudo religieuses présentant un danger pour lindividu comme pour la société. La Doctrine sociale stipule dune manière claire que lEglise est en droit dappeler ses enfants à la désobéissance civique si lautorité publique exige deux de commettre un péché.
encore ...
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