Bréviaire des fidèles (2e édition, V. 2.2)
Ce livre de prières, publié par la Communauté Orthodoxe-Helvétique, est destiné à tous les chrétiens, vivant dans le siècle, et qui désirent pratiquer sérieusement la prière de l'Église, sans avoir le temps ni la possibilité de dire tous les offices monastiques. Il est dans ce sens complémentaire à l'office divin, appelé aussi office des heures. Il contient les prières qui rythment le temps et toutes les circonstances de la vie, et permettent de se mettre à l'unisson de la solennité du jour, par exemple par la récitation d'un tropaire particulier. Il contient entre autres les offices privés et publics de préparation à la communion, qui peuvent être dits par tous, avant et pendant la Divine Liturgie, dans l'esprit fraternel de partage et d'unité, qui est celui d'une communauté vivant dans l'esprit des Apôtres.
Pour recevoir la communion au précieux Corps et au saint Sang de notre Seigneur Jésus-Christ, il convient de se préparer, physiquement et spirituellement, car on ne va pas à la table du Seigneur sans s’être changé et lavé, dans tous les sens du terme. Pour cela il est bon de faire un retour sur soi, de se libérer de toutes les entraves, de faire la paix avec ses frères et soeurs, de regretter ses fautes, pour lesquelles on demandera le pardon de Dieu, donné par le ministère des prêtres qui ont le pouvoir de lier et de délier, avant de communier.
La veille au soir déjà, il est bénéfique d'orienter son être vers le grand mystère auquel on va participer, de prendre conscience du don magnifique de la foi authentique en Jésus-Christ, de se dégager de toutes les interférences du monde, de se recueillir et de prier. Le lendemain matin, il faut se lever avec les meilleures dispositions et on prendre toutes les résolutions utiles pour sa vie future et s’y conformer dès cet instant. Dans cet état d’esprit, fait à la fois d’humilité et d’élan confiant face à la Divinité et au mystère, observer le jeûne liturgique (autant que possible pour ceux qui le peuvent) avant la Divine Liturgie sera source de grâces.
Les prières préparatoires à la communion sont récitées la veille au soir et le matin en se levant, avant la conclusion de ses prières personnelles. Cependant, « dire ses prières » du matin et du soir n’est pas une obligation stricte, c’est un choix libre qui exprime l’amour du chrétien pour Dieu, et son sérieux dans la vie spirituelle. Si le temps nous manque, à cause du travail ou de la fatigue, on peut remplacer les prières par un simple signe de croix, debout devant les icônes de la maison, mais en ayant au coeur une intention droite et profonde, une attitude authentique où le silence intérieur permet le souvenir de Dieu. Cela ne prendra pas beaucoup de temps, mais sera infiniment préférable à l’oubli de Dieu ou à des prières récitées sans conviction en lorgnant sur la pendule.
Le canon de saint Patrick, la litanie de Dunkeld et la bénédiction celtique sont des textes extrêmement anciens, des pratiques qui contiennent tous les éléments qui permettent d'une part de se détacher du monde et de ses pièges, et d'autre part de rétablir consciemment le lien vital avec le ciel. Ces prières renferment des éléments dynamiques particuliers, issus de la Tradition mystique. Une bonne journée peut commencer, ou une occasion particulière être sanctifiée par une réciation rythmée d'une de ces prières, qui engagent à transformer la vie en une liturgie permanente. On pratique ces offices sur le ton d'un monodie scandée dans l'esprit des loricae.
Dans cette optique, ces pratiques sont absolument inséparables de la fameuse invocation du divin Nom, dite "prière du coeur", « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous, pécheurs ». Cette prière éclaire toute la journée, elle est si simple et si puissante que beaucoup de saints y ont trouvé là toute la substance de la vie spirituelle. Prier c’est vivre avec Dieu. Plus on prie et plus on a envie de prier. Les saints prient toute la journée et même la nuit, quelle que soit leur activité.« L’âme qui aime le Seigneur ne peut pas ne pas prier, car elle est attirée vers Lui par la grâce qu’elle a connue dans la prière », disait saint Silouane, moine au Mont Athos. Lorsqu’on se présente devant Dieu, il ne doit rien subsister de toutes les lourdeurs ou dysharmonies de la vie quotidienne, il faut désirer en soi et ressentir le silence lumineux de Dieu, l'apaisement du coeur et des sens, il faut avoir fait la paix en soi et autour de soi avec ses frères et soeurs.
C'est à cause de cela que la prière personnelle ne peut en aucun cas être coupée de la prière en communauté. L'une et l'autre sont les deux piliers de la vie spirituelle et il n'existe aucun saint, même reclus, qui mystérieusement, ne soit relié avec tous ses frères et soeurs en Christ. Les progrès dans la vie spirituelle sont conditionnés par le partage fraternel de tous les trésors, y compris ceux de la prière. En fait, la divine Liturgie du dimanche, dans la réception digne et consciente des sacrements, est à la fois l'aboutissement et l'élan de toute la semaine en Dieu, où s'exerce le plus souvent uniquement la prière personnelle, pour les laïcs en tous cas. C'est par la prière personnelle constante et sérieuse qu'une communauté peut rayonner au-delà de ses frontières, porter la Bonne Nouvelle dans le monde, et gagner des âmes au Christ, pour Sa plus grande gloire.
Sur le plan personnel, chaque chrétien digne de ce nom doit tendre vers la sainteté. C'est l'état d'aspiration à la métamorphose dans la lumière du Thabor dans lequel l'âme sera trouvée qui déterminera le jugement de Dieu.
Sachant que, grâce à Dieu, tout est toujours possible dès l'instant où nous l'avons décidé, nous pouvons comprendre que ce que l'on a coutume d'appeler "pénitence", n'est autre que l'entretien de cette conversion permanente vers la sainteté. Celui qui vit chaque jour comme le premier jour du reste d'une vie nouvelle en Dieu et comme si c'était le dernier jour de sa vie, ne sera, malgré son indignité, pas pris au dépourvu lorsque son Père viendra le chercher pour entrer dans le Royaume éternel. En cela réside tout le sens de la parabole des vierges sages.Puisse chacun vivre l'Evangile selon la volonté de Notre Seigneur Jésus-Christ et découvrir, par la pratique consciente des rites ancestraux, dans l'onction du Saint-Esprit, la Vérité Une et indivisible, qui libère l'âme éprise de Dieu de tous les conditionnements du temps, de l'espace, et de la matière.
Gage de foi, d'espérance et de charité, la prière de l'Eglise, une dans son essence et diverse dans sa forme, est issue d'une source double et non séparable : l'Ecriture sainte et la Tradition. L'Ecriture sainte en donne la substance; la Tradition l'anime, car elle est l'expérience apostolique de l'ascèse, vécue par les saints de tous les temps et transmise par l'exemple jusqu'à nos jours.
Le monde a besoin d'hommes et de femmes qui prient pour le salut et le bien de tous, en suivant l'Evangile de Jésus-Christ. Et cela, seule l'Eglise peut l'assumer. Car, par la confession de la foi orthodoxe, par le témoignage des martyrs, par la constance des mystiques, elle seule porte la force éprouvée d'une expérience spirituelle ininterrompue aux cours des âges et de la connaissance nécessaire de l'art souverain de la prière.
Cela permet à l'homme de rétablir consciemment le lien vital avec Dieu, et permet enfin à Dieu de s'exprimer dans le silence d'un coeur purifié et dégagé de toute passion.
Puisse chaque chrétien digne de ce nom se souvenir en tous temps et en tous lieux du saint Nom de Dieu, et réaliser la parole de saint Paul : " Priez sans cesse. "
Ce livre de prière est dédié spécialement à ceux qui confessent Jésus-Christ venu dans la chair, vrai Dieu et vrai homme, et présent par son précieux Corps et son saint Sang dans les saints Dons de l'Autel.
Que tous soient Un !
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